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Revirement à Dakar, entrée tardive à Kampala : l'imprévisible course africaine à l'ONU


La succession d'Antonio Guterres, dont le second et dernier mandat s'achève le 31 décembre 2026, a pris des allures de feuilleton diplomatique côté africain. Deux dossiers, celui de Macky Sall et celui d'Olara Otunnu, illustrent à quel point les candidatures du continent à ce poste peuvent connaître des rebondissements de dernière minute, entre soutiens nationaux retardés et entrées en scène inattendues.


Dakar : d'un désaveu à un ralliement total


Depuis le 2 mars 2026, l'ancien président sénégalais Macky Sall est officiellement candidat, son dossier ayant été déposé au siège des Nations Unies non par son propre pays mais par le Burundi, au nom de la présidence tournante de l'Union africaine alors exercée par Évariste Ndayishimiye. Un choix de départ qui allait peser lourd sur la suite du parcours.


Cette procédure a immédiatement suscité des remous au sein de l'UA. Une procédure dite du « silence », initiée début mars 2026 pour valider une position commune, a échoué après que plus de vingt États membres ont exprimé des réserves. Le Rwanda a dénoncé une « procédure irrégulière », son ministre des Affaires étrangères qualifiant la démarche de « diktat » et affirmant qu'aucun chef d'État africain n'avait été consulté au préalable. Le représentant burundais auprès de l'UA a de son côté défendu la régularité du processus, jugeant la sortie rwandaise « regrettable tant par son ton que par son contenu ».


Pendant plusieurs mois, le silence de Dakar a nourri l'incertitude. Puis, coup de théâtre : après avoir longtemps gardé ses distances vis-à-vis de cette candidature, le Sénégal a officiellement annoncé son soutien par un communiqué du 20 juillet 2026, à l'issue d'une audience entre le président Bassirou Diomaye Faye et Macky Sall au Palais de la République trois jours plus tôt.


Le chef de l'État sénégalais a alors décidé d'apporter le plein soutien de l'État et a instruit le gouvernement ainsi que l'ensemble du réseau diplomatique sénégalais à se mobiliser pour promouvoir cette candidature, désormais présentée comme celle du Sénégal tout entier. Macky Sall a publiquement remercié le président Faye pour cette décision qui l'honore.


Ce revirement transforme une candidature fragilisée par un désaveu initial en un dossier pleinement assumé par l'État d'origine, un basculement rapide, intervenu à quelques semaines seulement des échéances décisives du processus onusien.


Kampala : l'entrée tardive qui rebat les cartes


Alors que le dossier sénégalais semblait enfin stabilisé, un nouveau nom est venu compliquer la donne africaine. L'ancien diplomate ougandais Olara Otunnu a été nominé par son propre gouvernement le 24 juillet 2026, devenant le septième candidat en lice, quelques jours seulement avant le premier vote informel du Conseil de sécurité prévu le 30 juillet. Le ministère ougandais des Affaires étrangères a lui-même annoncé et porté cette candidature, par une lettre officielle transmise par la mission permanente à New York.


Une entrée en matière si tardive qu'elle a surpris jusqu'aux observateurs les plus attentifs de la course : les documents de nomination n'expliquent pas publiquement comment cette décision a été prise, et la nomination n'avait même pas encore été annoncée officiellement à Kampala au moment de sa circulation aux Nations Unies.


Otunnu propose de compléter les réformes institutionnelles, de restaurer l'autorité morale de l'organisation et de créer un organe dédié aux règles mondiales sur l'intelligence artificielle, identifiant l'Ukraine, Gaza, le Soudan, la RDC et l'Iran comme priorités diplomatiques.


Une course encore ouverte


Ces deux séquences, le ralliement tardif de Dakar et l'irruption de dernière minute de Kampala, illustrent l'imprévisibilité qui a marqué la contribution africaine à cette élection. Elles interviennent par ailleurs dans un contexte où la règle non écrite de rotation régionale pourrait favoriser une candidature latino-américaine ou caribéenne, ce qui rend la fragmentation du champ africain, désormais partagé entre deux candidats aux parcours très différents, d'autant plus déterminante pour l'issue du scrutin


i-sahel

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