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Sénégal : ce que Macky Sall, Idrissa Seck et Souleymane Nd. Ndiaye révèlent sur les fonds politiques à la Primature


Une déclaration de l'ancien ministre de l'Intérieur Aly Ngouille Ndiaye, selon laquelle Ousmane Sonko serait le premier Premier ministre à avoir bénéficié de fonds politiques, se heurte aux propres déclarations de trois de ses prédécesseurs à la Primature.



La polémique sur les fonds politiques attribués à la Primature sénégalaise a pris, ces derniers jours, un tour inattendu. Alors que le débat portait initialement sur la transparence et le montant de ces enveloppes discrétionnaires, c'est désormais leur historique même qui divise. En cause : une déclaration de l'ancien ministre de l'Intérieur Aly Ngouille Ndiaye, selon laquelle Ousmane Sonko serait le tout premier Premier ministre à avoir bénéficié de fonds politiques, ses prédécesseurs n'y ayant, selon lui, jamais eu accès.


Des archives vidéo qui contredisent la version d'Aly Ngouille Ndiaye


Cette affirmation a été rapidement battue en brèche. Selon Senego, des vidéos d'archives redevenues virales montrent Macky Sall, alors Premier ministre d'Abdoulaye Wade entre 2004 et 2007, évoquer explicitement l'existence de fonds dont il disposait à ce poste. Souleymane Ndéné Ndiaye, dernier chef du gouvernement de Wade (2009-2012), et Idrissa Seck, Premier ministre entre 2002 et 2004, sont également cités dans des propos allant dans le même sens.


Le témoignage de l'ex-chef de cabinet de Wade


Ce constat est corroboré par Pape Samba Mboup, ancien chef de cabinet d'Abdoulaye Wade, qui a détaillé dans un entretien comment le président « renflouait » son Premier ministre à partir de ses propres fonds politiques, le salaire officiel de ce dernier ne suffisant pas, selon lui, à couvrir l'ensemble de ses charges. Mboup a toutefois nuancé ce constat dans un second entretien, affirmant qu'« un Premier ministre n'en a jamais disposé » de droit propre, le président conservant seul la faculté de lui en céder une part. Une nuance de taille : elle porte sur l'existence d'un droit statutaire, non sur la réalité d'un bénéfice financier, que le même témoin documente par ailleurs.


Des chiffres pour la période Macky Sall


Au-delà des témoignages, des données chiffrées existent pour la présidence de Macky Sall (2012-2024). Selon une analyse relayée par Xalima, fondée sur les comptes administratifs et les lois de finances, environ 104 milliards de FCFA de crédits spéciaux ont été alloués à la Présidence entre 2012 et 2017, auxquels s'ajoutent près de 3 milliards de FCFA destinés spécifiquement aux « fonds de sécurité » du Premier ministre sur la même période. Cette ligne budgétaire distincte atteste d'une pratique installée bien avant l'arrivée d'Ousmane Sonko à la Primature en 2024.


Un article distinct de SeneNews, titré sans détour « Ousmane Sonko n'est pas le premier chef du gouvernement à en bénéficier », résume cette continuité historique, rappelant que le dispositif « n'a rien d'une nouveauté ».


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L'aveu de Sonko à l'origine de la controverse


C'est devant l'Assemblée nationale, le 22 mai 2026, qu'Ousmane Sonko avait révélé disposer d'un fonds politique de 1,77 milliard de FCFA à la Primature, tout en précisant que « ce débat n'est dirigé contre personne ». Cette déclaration avait précédé de quelques heures son limogeage par le président Bassirou Diomaye Faye. Sonko lui-même n'a jamais revendiqué être le premier bénéficiaire de ce type de fonds : c'est l'interprétation qu'en a livrée ultérieurement Aly Ngouille Ndiaye qui est aujourd'hui contestée, non les propos du chef du gouvernement limogé.


Une opacité de longue date


Cette controverse s'inscrit dans un flou plus ancien. Un article de référence d'EnQuête+, publié dès juillet 2024, décrivait déjà les fonds politiques et spéciaux de la Présidence comme un « trou noir » de l'architecture des finances publiques sénégalaises, votés chaque année sans détail public. Ce flou touche, de longue date, aussi bien la Présidence que la Primature, ce qui explique la difficulté à établir, année par année et avec certitude, qui a bénéficié de ces fonds avant 2024.


Sur le temps long, la trace la plus ancienne et la mieux établie de ces fonds remonte à la présidence de Léopold Sédar Senghor, avec des montants de 324 millions de FCFA en 1973-1974 et 580 millions en 1976-1977, selon les lois de finances citées par le juriste Abdourahmane Diokhané. Ces textes ne mentionnent toutefois pas explicitement de part réservée au chef du gouvernement, ce qui suggère que la pratique d'un partage avec la Primature s'est installée plus tardivement, sans que l'on puisse en dater précisément l'origine.


Ce que l'on peut retenir


Faute d'audit ou de rapport officiel tranchant la question, le débat repose principalement sur des témoignages et des archives vidéo, parfois contradictoires entre eux. Il ressort néanmoins de l'ensemble des éléments disponibles que la pratique consistant, pour un président, à faire bénéficier son Premier ministre d'une part des fonds politiques n'est pas une nouveauté introduite par Ousmane Sonko, mais une pratique documentée depuis au moins l'ère Wade, et budgétairement identifiable sous la présidence de Macky Sall. Ce que Sonko a en revanche introduit, c'est la révélation publique et chiffrée de cette pratique, jusqu'ici toujours restée dans l'ombre.


i-sahel

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