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Sénégal : comment Ousmane Sonko a repris le perchoir de l'Assemblée nationale

Dernière mise à jour : 14 juil.

Écarté de la Primature, Ousmane Sonko a rapidement repris la présidence de l'Assemblée nationale, un poste stratégique qu'il avait pris soin de préserver depuis les législatives anticipées de novembre 2024. À la lumière des événements récents, cette séquence apparaît comme l'aboutissement d'une stratégie politique de long terme, sur fond de rupture avec le président Bassirou Diomaye Faye et de recomposition de la majorité issue de l'alternance de 2024.


I-sahel - Le retour d'Ousmane Sonko au perchoir ne relève pas d'un simple changement institutionnel. Il s'inscrit dans une séquence politique amorcée dès les élections législatives anticipées de novembre 2024, alors que les relations entre le leader de Pastef et le président Bassirou Diomaye Faye semblaient encore solides. Avec le recul, les choix opérés à cette période peuvent être interprétés comme ayant permis à Sonko de conserver un levier institutionnel majeur au moment où les tensions avec le chef de l'État allaient progressivement s'accentuer.


Aux origines d'une relation politique singulière




L'origine de cette configuration remonte à la présidentielle de 2024. Empêché de se présenter en raison de ses démêlés judiciaires, Ousmane Sonko avait porté la candidature de Bassirou Diomaye Faye, alors secrétaire général de Pastef.


Détenus pendant plusieurs mois, les deux hommes sont libérés à la faveur de la loi d'amnistie, en pleine campagne électorale, quelques jours seulement avant le scrutin présidentiel. Ils sillonnent alors le pays côte à côte sous le slogan « Diomaye mooy Sonko » (« Diomaye et Sonko ne font qu'un »), faisant de leur unité le principal argument de campagne.


La victoire de Bassirou Diomaye Faye à la présidentielle consacre cette stratégie. Dès les premières heures de son accession au pouvoir, le nouveau chef de l'État annonce sa démission du poste de secrétaire général de Pastef. Il explique vouloir se placer « au-dessus de la mêlée », estimant que la fonction présidentielle exige une prise de distance avec la direction d'un parti politique afin d'incarner l'ensemble des Sénégalais.


Dans un premier temps, cette nouvelle répartition des rôles fonctionne sans heurts apparents. Diomaye Faye exerce les fonctions de chef de l'État tandis qu'Ousmane Sonko prend la tête du gouvernement.


Les premiers désaccords autour de la majorité




Les premières divergences apparaissent à l'automne 2025 autour de l'avenir de la coalition « Diomaye Président ».

Le président Bassirou Diomaye Faye confie à Aminata « Mimi » Touré la mission de restructurer la coalition présidentielle. Pastef conteste cette initiative, estimant qu'une telle décision relève de la Conférence des leaders et considérant que la coalition, créée pour porter la candidature de Diomaye Faye, avait déjà rempli sa mission.


Parallèlement, le parti de Sonko défend la création d'une nouvelle plateforme politique, l'Alliance patriotique pour le travail et l'éthique (APTE), appelée à succéder à la coalition de 2024.


Ce différend constitue la première manifestation publique d'une divergence plus profonde sur l'organisation de la majorité présidentielle.


Une majorité parlementaire construite autour de Pastef


Après la dissolution de l'Assemblée nationale par le président Bassirou Diomaye Faye, Ousmane Sonko choisit de conduire Pastef seul, sans recourir à la coalition « Diomaye Président », aux élections législatives anticipées de novembre 2024.



Ce choix permet au parti d'obtenir une majorité composée essentiellement de ses propres députés, lui assurant une large autonomie politique au sein de l'hémicycle.

Élu député, Sonko suspend toutefois l'exercice de son mandat afin d'assumer les fonctions de Premier ministre. La présidence de l'Assemblée nationale est alors confiée à El Malick Ndiaye, l'un de ses plus proches collaborateurs.


Avec le recul, cette organisation peut être interprétée comme ayant permis au président de Pastef de conserver le contrôle d'une institution stratégique et de disposer d'un point d'appui en cas d'évolution des rapports de force au sommet de l'État.


La rupture s'affiche au grand jour


Plusieurs semaines avant le départ d'Ousmane Sonko de la Primature, Bassirou Diomaye Faye choisit d'évoquer publiquement les divergences qui traversent la majorité lors d'un entretien accordé à la presse sénégalaise.


Le chef de l'État y rappelle le rôle qu'il a joué dans la création et l'organisation de Pastef, dont il fut le secrétaire général avant son accession à la magistrature suprême. Il critique également l'orientation prise par le parti depuis son départ de sa direction, met en garde contre sa personnalisation et réaffirme sa volonté d'exercer pleinement les prérogatives que lui confère la Constitution.


Cette prise de parole marque un tournant. Pour la première fois, les divergences entre les deux anciens compagnons de campagne sont exprimées publiquement par le chef de l'État, faisant voler en éclats l'image de fusion politique résumée deux ans plus tôt par le slogan « Diomaye mooy Sonko ».


Du limogeage au retour au perchoir




Quelques semaines après cette sortie médiatique, Ousmane Sonko est démis de ses fonctions de Premier ministre.


Son départ du gouvernement ouvre rapidement la voie à son retour à l'Assemblée nationale. La démission d'El Malick Ndiaye de la présidence de l'institution permet au président de Pastef d'être élu au perchoir.


À la lumière de cette succession d'événements, le dispositif mis en place après les législatives de novembre 2024 apparaît comme ayant facilité son maintien au cœur des institutions malgré son éviction de la Primature.


La coalition « Diomaye Président », au cœur de la rupture


Au-delà des changements de fonctions, le différend porte désormais sur le contrôle de la majorité présidentielle.


Créée pour soutenir la candidature de Bassirou Diomaye Faye en 2024, la coalition « Diomaye Président » a progressivement perdu de sa visibilité au profit de Pastef, devenu le principal pilier de la majorité parlementaire.


En revendiquant le soutien de plusieurs centaines d'élus locaux et en laissant entrevoir la création de sa propre formation politique, le chef de l'État semble chercher à reconstruire une base politique distincte de celle de Pastef.


À l'inverse, Ousmane Sonko poursuit une stratégie visant à faire de Pastef l'ossature de la majorité politique et parlementaire.


Vers une recomposition durable ?


Les développements récents traduisent une recomposition profonde de la scène politique sénégalaise.


D'un côté, Bassirou Diomaye Faye affirme progressivement son autonomie politique depuis son départ de la direction de Pastef. De l'autre, Ousmane Sonko consolide son influence à la tête de son parti et de l'Assemblée nationale.


L'alliance qui avait permis l'alternance de 2024 semble désormais appartenir au passé. Avec le recul, l'enchaînement des événements peut être interprété comme révélant une volonté de chaque camp de sécuriser ses propres leviers institutionnels et politiques en prévision d'une rupture devenue aujourd'hui manifeste. Du slogan « Diomaye mooy Sonko », qui incarnait l'unité du tandem victorieux en 2024, il ne reste désormais que le souvenir. La rivalité entre les deux hommes ouvre une nouvelle phase de la vie politique sénégalaise, dont les contours restent encore à définir.


i-Sahel continuera de suivre l'évolution de cette recomposition politique et ses implications pour les institutions sénégalaises.



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