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Tchad : le message de Déby, une réponse silencieuse à Masra ?

Deux discours, deux jours, deux messages : Masra demande une place autour de la table, Déby reconduit ceux qui y sont déjà. Le dialogue politique tchadien a-t-il déjà trouvé ses limites ?



Entre la demande de partage du pouvoir formulée par Succès Masra le 15 août et le message présidentiel du lendemain, le calendrier interpelle. Sans répondre directement à l’opposant, Mahamat Idriss Déby Itno a réaffirmé sa confiance au gouvernement en place. Un signal qui semble écarter, à ce stade, l’hypothèse d’une ouverture gouvernementale aux Transformateurs.


Masra veut aller au-delà du dialogue


Le 15 août à N’Djamena, Succès Masra a repris la parole devant ses partisans, après avoir remercié la veille le président pour la grâce qui a permis sa libération. Mais cette fois, le ton est différent, l’ancien Premier ministre ne se limite plus aux remerciements et formule des propositions politiques précises.


Il demande notamment un gouvernement paritaire, avec une représentation à parts égales entre chrétiens et musulmans, mais aussi entre hommes et femmes. Il souhaite que ce principe soit étendu aux ambassades, à l’armée, à la police, à la gendarmerie et aux postes de gouverneurs.


Masra s’appuie explicitement sur le discours prononcé par Mahamat Idriss Déby le 10 août, dans lequel le chef de l’État avait annoncé la mise en place d’un « comité paritaire » chargé de favoriser le dialogue entre majorité et opposition.


L’opposant salue cette initiative, mais estime qu’elle doit aller plus loin. « Il faut aller au-delà de ce comité de dialogue », affirme-t-il devant ses partisans. Pour l'ancien Premier ministre de la transition, le dialogue ne doit donc pas rester cantonné à une instance consultative, mais se traduire par une représentation effective de l’opposition au sein des institutions.


Son positionnement est également sans ambiguïté sur le poids politique des Transformateurs. Masra présente son parti comme « la principale force politique de ce pays » en dehors du gouvernement et prévient : « rien ne peut se bâtir dans l'avenir sans nous ».


Pour illustrer sa vision, il cite le rapprochement entre Nelson Mandela et Frederik de Klerk en Afrique du Sud, deux adversaires politiques qui avaient finalement accepté de gouverner dans un cadre de transition.


Déby reconduit son gouvernement


Le lendemain, 16 août, Mahamat Idriss Déby publie un message sur Facebook. Le chef de l’État ne répond pas directement aux propositions formulées quelques heures plus tôt par Succès Masra.

Son message est centré sur un autre sujet : la poursuite de la mission du gouvernement.


Déby renouvelle sa confiance au Premier ministre Allah Maye Halina et à l’ensemble de son équipe. Il les appelle à poursuivre « avec sérénité et détermination » la mise en œuvre de son projet de société, résumé dans les « 12 chantiers et 100 actions ».


Un élément retient particulièrement l’attention : aucune référence à Succès Masra, aux Transformateurs ou à une éventuelle ouverture du gouvernement à l’opposition.


Le président ne fait donc état d'aucun remaniement ni d'aucune modification de l'équilibre politique au sein de l'exécutif.


Le Premier ministre confirme la ligne


Dans la foulée, Allah Maye Halina réagit par un communiqué relayé par la Primature. Il se dit conscient de la portée de la confiance renouvelée par le chef de l’État tchadien.


« Elle nous oblige à rester concentrés sur l'essentiel : servir la République, tenir nos engagements et produire des résultats concrets pour nos concitoyens », écrit-il.


Le Premier ministre confirme ainsi la poursuite du programme présidentiel avec l’équipe gouvernementale actuelle, en reprenant à son compte les « 12 chantiers et 100 actions », terminant pas une formule qui résume la ligne affichée par l’exécutif : « Au travail, pour le Tchad ! »


Un signal politique sans réponse explicite


La proximité des deux séquences est difficile à ignorer. Le 15 août, Succès Masra ouvre publiquement la perspective d’un partage du pouvoir et demande que le dialogue annoncé par le président se traduise par des changements concrets dans la composition des institutions.

Le 16 août, le chef de l’État réaffirme sa confiance à une équipe gouvernementale qui reste inchangée.


Déby ne ferme pas explicitement la porte au dialogue, mais il ne donne pas non plus suite, dans son message, aux revendications précises formulées par Masra.


La séquence suggère ainsi une distinction entre deux niveaux : la grâce accordée à l’ancien opposant, d’un côté, et la recomposition du pouvoir, de l’autre. À ce stade, le premier geste ne semble pas s’accompagner d’une ouverture gouvernementale aux Transformateurs.


Reste à savoir si le « comité paritaire » annoncé par Déby constituera un véritable espace de négociation politique ou restera limité à un mécanisme de dialogue entre majorité et opposition.

C’est probablement sur ce terrain que se jouera la suite de la séquence politique tchadienne.


i-sahel

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