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Tékrour, Almoravides, Sahara : une tribune éclaire l'altercation Gadio-ambassadeur mauritanien



Quelques jours après l'altercation verbale qui a opposé, à Dakar, l'ancien ministre sénégalais des Affaires étrangères Cheikh Tidiane Gadio à l'ambassadeur de Mauritanie Mohamed Ould Abdallah Ould Othman, lors de la présentation du livre Sahara marocain : enjeux géopolitiques d'une question majeure pour le Maroc, une tribune signée Mohamed Ould Echriv revient sur les fondements historiques invoqués de part et d'autre, et propose une lecture qui distingue deux logiques trop souvent confondues : celle de la mémoire des civilisations et celle de la souveraineté des États.


Un incident qui dépasse la simple joute diplomatique


Pour l'auteur, l'échange tendu survenu lors de cette présentation « n'était pas une simple controverse entre diplomates ». Il aurait révélé, selon lui, une difficulté plus profonde : celle de distinguer un héritage civilisationnel partagé d'une revendication de souveraineté contemporaine. C'est précisément sur ce terrain que se sont, selon la tribune, mal rencontrées les interventions de Cheikh Tidiane Gadio et de l'ambassadeur mauritanien.


Ce que Gadio évoquait, selon l'auteur : un espace civilisationnel, non une continuité territoriale


La tribune revient sur les propos tenus par Cheikh Tidiane Gadio, rappelés dans notre précédente publication sur cet incident : ses références au Tékrour et aux Almoravides, ainsi que son affirmation selon laquelle le Maroc se trouverait « à quelques kilomètres du Sénégal » dans l'imaginaire sénégalais. Pour Mohamed Ould Echriv, l'ancien ministre ne défendait pas une continuité territoriale entre les deux États, mais évoquait un espace civilisationnel transsaharien, façonné par les caravanes, les réseaux savants, les confréries et la diffusion de l'islam.


L'auteur y apporte toutefois une précision historique qu'il juge essentielle : le royaume du Tékrour était une puissance politique autonome de la vallée du fleuve Sénégal, tandis que le mouvement almoravide n'apparaît qu'au XIe siècle autour d'Abdallah Ibn Yassine, avec des tribus sanhajiennes, Lemtouna, Guddala et Massoufa, dont le berceau se situait dans l'espace saharo-mauritanien, avant même l'édification de Marrakech. Selon la tribune, les relations entre le Tékrour et les Almoravides relevaient d'une communauté religieuse et commerciale, non d'une unité de souveraineté : l'empire almoravide était un empire saharo-maghrébin, et non, écrit l'auteur, « le prolongement de l'État marocain contemporain ».


La réplique de l'ambassadeur mauritanien, relue comme un rappel du droit international


C'est à la lumière de cette nuance que la tribune relit la réaction de l'ambassadeur de Mauritanie, telle que nous l'avions rapportée : son évocation de la résistance mauritanienne face à l'expansion coloniale française jusqu'aux abords de Saint-Louis au XIXe siècle, et son insistance sur le rôle actuel de la Mauritanie dans la stabilité du Sahel. Pour Mohamed Ould Echriv, cette réponse relevait moins d'une passe d'armes personnelle que d'un rappel des exigences de la diplomatie : les États contemporains, souligne-t-il, ne fondent ni leurs frontières ni leur politique étrangère sur les héritages impériaux médiévaux, mais sur leur souveraineté et leurs positions officielles.


La présence de l'ambassadeur mauritanien à l'événement, elle aussi interrogée


La tribune va plus loin en interrogeant également la participation même de l'ambassadeur mauritanien à cette cérémonie. Si rien, sur le plan protocolaire, ne lui interdisait d'honorer l'invitation d'un ambassadeur ami, l'auteur relève que l'intitulé même de l'ouvrage, Sahara marocain, porte une qualification qui ne coïncide pas avec la position officielle de neutralité observée par Nouakchott sur ce dossier. Il note que l'usage diplomatique autorise, dans de telles configurations, une absence courtoisement motivée, précisément pour éviter qu'une présence ne soit interprétée comme une évolution implicite de la position de l'État représenté.


L'intervention de l'ambassadeur du Maroc, présentée comme un facteur d'apaisement


La tribune salue enfin l'intervention finale de l'ambassadeur du Maroc à Dakar, Hassan Naciri, qui aurait permis de replacer le débat dans sa véritable dimension, en rappelant que les liens entre le Maroc, la Mauritanie et le Sénégal sont d'abord des liens de civilisation, de religion et de voisinage, tout en appelant au dialogue et à l'intégration africaine.


Une frontière que seuls les diplomates chevronnés sauraient ne jamais franchir


L'auteur conclut sur une lecture équilibrée de l'incident qui avait opposé Cheikh Tidiane Gadio à l'ambassadeur mauritanien : « Personne n'avait totalement tort. Gadio parlait de la géographie de la mémoire ; l'ambassadeur mauritanien rappelait la géographie du droit. » Entre la mémoire des empires et la souveraineté des États modernes, écrit Mohamed Ould Echriv, il existerait une frontière que seuls les diplomates les plus expérimentés savent ne jamais franchir, une frontière que l'altercation de Dakar aurait, le temps d'un échange tendu, laissé transparaître au grand jour.


i-sahel

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