Qu'en est-il de la présence de « mercenaires » russes au Togo ?

Le ministre togolais des Affaires étrangères, Robert Dussey, a démenti toute présence de mercenaires ou de militaires russes au Togo, dans un entretien accordé à France 24, en marge de l'Assemblée générale des Nations unies.
Une présence d'Africa Corps évaluée à plus de 300 hommes selon certaines sources
Interrogé sur un accord de coopération signé avec la Russie en 2025 et sur des informations faisant état de plus de 300 membres de l'Africa Corps présents sur le territoire togolais, Robert Dussey a répondu de manière catégorique : « Je vous dis que c'est faux. »
Le ministre a estimé que « certains » construisaient « tout un mythe autour de la coopération avec la Russie », en rappelant l'ancienneté des relations diplomatiques entre son pays et Moscou. Selon lui, ces relations remontent au 1ᵉʳ mai 1960, quelques jours seulement après l'indépendance du Togo, proclamée le 27 avril de la même année, dans le cadre d'un accord établi alors avec l'URSS, devenue depuis la Fédération de Russie.
Robert Dussey a affirmé que le Togo entretient une coopération russe « à la fois sur le plan politique, diplomatique, commercial », qu'il a mise en parallèle avec le partenariat sécuritaire du pays avec la France. « Il y a des Français, il y a des coopérants français qui soutiennent, qui aident sur le plan sécuritaire », a-t-il indiqué, avant d'ajouter : « Pas de militaires russes, ni de paramilitaires russes au Togo. »
« Des formateurs », selon le ministre
Le chef de la diplomatie togolaise a toutefois reconnu la présence de « formateurs », qu'il a justifiée par l'acquisition d'équipements militaires. « Quand vous achetez un hélicoptère français, un hélicoptère américain, un hélicoptère chinois ou un hélicoptère russe, c'est bien sûr des formateurs qui viennent entraîner nos forces de défense et de sécurité, entraîner les pilotes pour le faire », a-t-il expliqué, précisant que le Togo avait eu recours à de tels formateurs dans le cadre de l'achat d'équipements français. A la question de savoir si cette présence se limitait à ce type de formation, il a répondu : « C'est tout. »
Robert Dussey a ensuite republié cet extrait de son entretien sur X, l'accompagnant du commentaire suivant : « Le Togo n'a pas de mercenaires russes sur son territoire. Le Togo travaille avec toutes les grandes puissances (Américaines, russes, françaises, chinoises….) dans le cadre de la diversification de son partenariat. »
Communication de plus en plus assumée ailleurs dans la région
Ce démenti catégorique s'inscrit en net contraste avec l'évolution documentée par i-Sahel de la communication russe dans les pays de l'Alliance des États du Sahel (AES). Comme le relevait notre enquête du 6 septembre, « Africa Corps : de la présence discrète à la communication assumée dans l'AES », la structure qui a officiellement remplacé Wagner à partir de 2025 est passée, notamment depuis les attaques coordonnées du 25 avril 2026 au Mali, d'une communication ponctuelle à une revendication publique et régulière de ses opérations militaires.
Cette même enquête relevait qu'au Burkina Faso, une vidéo de formation de soldats burkinabè par des instructeurs russes avait été publiée le 16 août 2026, illustrant cette communication de plus en plus assumée à l'échelle de l'ensemble de l'AES. Au Mali, la communication officielle a elle-même évolué en miroir : après des années de déni sur la présence de Wagner, les communiqués des FAMa désignent désormais couramment les éléments de l'Africa Corps comme des « partenaires ».
Une présence russe déjà contrebalancée
Ce débat sur la nature exacte des présences militaires étrangères dans la région ne se limite pas au camp russe. i-Sahel documente depuis plusieurs semaines une dynamique inverse côté ukrainien. Notre enquête du 7 septembre avait mis en lumière des photographies diffusées par Kyrylo Budanov, ancien chef du renseignement militaire ukrainien, montrant des instructeurs ukrainiens aux côtés de combattants du Front de libération de l'Azawad (FLA) dans le nord du Mali. CNN évoquait de son côté, le 12 septembre, la présence d'une quinzaine de spécialistes ukrainiens assurant formation et soutien opérationnel auprès du FLA.
Plus récemment, notre article sur l'incident de Diabaly avait relevé la persistance, chez le JNIM comme chez le FLA, du nom « Wagner » pour désigner toute présence militaire russe, quelle que soit sa structure réelle.
Cette dynamique a atteint son point le plus documenté avec notre dernière enquête sur FSG-A (Fjärrstridsgrupp Alfa), cette société suédo-ukrainienne d'opérateurs de drones qui recrute ouvertement, via Instagram, pour des missions de reconnaissance et de ciblage à la frontière Ghana-Burkina Faso. Une nouvelle étape qui semble dessiner les contours d'une guerre par procuration russo-ukrainienne désormais bien installée sur le théâtre sahélien, et dont le démenti togolais, lui, cherche explicitement à se démarquer.
i-Sahel





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