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Un an après le boycott, l'AES prête à revenir au défilé béninois ?

25 juil.
5 min de lecture


Le 1er août prochain, le Bénin célébrera le 66ᵉ anniversaire de son indépendance. L'an dernier, le 20 juillet 2025, le porte-parole du gouvernement Wilfried Léandre Houngbédji avait annoncé que quatre pays avaient été invités à faire défiler leurs troupes aux côtés des forces béninoises, dont deux membres de l'Alliance des États du Sahel (AES) : le Burkina Faso et le Niger.


Une initiative diplomatique forte, selon ses propres termes, alors que les relations avec ces pays, le Niger en particulier, étaient profondément dégradées. « Nous avons fait la démarche de les inviter formellement pour leur dire que nos populations sont les mêmes de part et d'autre des frontières », avait-il déclaré, rappelant que le Bénin partage plus de 200 km de frontière avec chacun de ces deux pays, des zones particulièrement vulnérables aux incursions jihadistes, et que Cotonou restait disposé à une bonne coopération malgré la rupture politique entre l'AES et la CEDEAO.


Ni le Burkina Faso ni le Niger n'avaient donné suite à cette invitation. Douze mois plus tard, la question se pose à nouveau : l'AES sera-t-elle présente au défilé du 1er août 2026 ?


Une invitation restée sans réponse, sur fond de relations dégradées


L'absence de délégations burkinabè et nigérienne au défilé de 2025 n'avait rien d'anodin, quand bien même Cotonou avait pris soin de rendre publique la démarche d'invitation formelle. Elle s'inscrivait dans une période où les relations du Bénin avec ces deux voisins sahéliens avaient atteint un point critique.


Avec le Niger, la crise avait été particulièrement aiguë. Elle avait conduit à la fermeture pure et simple de la frontière commune, sur fond d'épisodes graves : une tentative de coup d'État déjouée en décembre 2025 contre Patrice Talon, entourée de soupçons, jamais confirmés officiellement, sur une possible implication nigérienne ; puis, en janvier 2026, des accusations frontales du général Tiani, qui qualifiait de « mercenaires » à la solde de Cotonou les auteurs d'une attaque contre l'aéroport de Niamey, plaçant Talon aux côtés de la Côte d'Ivoire et de Paris.


Cotonou avait répliqué sur un ton mêlant fermeté et ironie, évoquant la « jalousie » de camarades cherchant à déloger le « premier de la classe » régional. Un geste de dégel individuel avait bien été tenté dès février 2025, lorsque l'ambassadeur béninois Gildas Agonkan avait présenté ses excuses au peuple nigérien lors d'une cérémonie à Gaya, un geste qui, jugé prématuré, lui avait pourtant coûté son poste.



Avec le Burkina Faso, un différend territorial autour de la zone frontalière de Kourou-Koalou, 68 km² administrés conjointement depuis 2009 et soumis à l'arbitrage de la Cour internationale de Justice, ajoutait à la tension. Désertée par les forces des deux pays pour éviter tout incident, cette zone neutre était devenue, faute de sécurisation conjointe, un foyer de trafics transfrontaliers et un point d'appui pour des groupes armés liés à Al-Qaïda.


C'est dans ce contexte que l'appel de Wilfried Léandre Houngbédji à une solidarité régionale, qui ne doit pas céder aux dynamiques de division, était resté lettre morte, illustrant à quel point les tensions politiques prenaient alors le pas sur les gestes protocolaires.


Un changement de ton depuis l'arrivée de Wadagni


Ce climat a commencé à se dissiper avec l'investiture de Romuald Wadagni, le 24 mai 2026. Dès la cérémonie, les trois pays de l'AES, y compris le Mali, dont l'invitation au défilé de 2025 n'avait pas été mentionnée par Cotonou, étaient représentés par une délégation de haut niveau, conduite par le Premier ministre nigérien, accompagné des ministres des Affaires étrangères burkinabè et malien : un geste diplomatique fort, à contre-courant des tensions des années précédentes.


Le 2 juin, une tournée présidentielle a permis d'enclencher simultanément deux dossiers : à Niamey, Wadagni est accueilli avec les honneurs militaires par le général Tiani, et les deux dirigeants s'accordent sur la réouverture de la frontière commune, un comité d'experts étant chargé d'en fixer les modalités ; le même jour, à Ouagadougou, le capitaine Ibrahim Traoré le reçoit, et les deux chefs d'État instruisent leurs ministres des Affaires étrangères de convoquer la cinquième session de la Grande Commission mixte de coopération Bénin-Burkina Faso.


Une semaine plus tard, le 9 juin, Wadagni est accueilli à Bamako par le général Assimi Goïta, les deux présidents s'accordant sur la relance de la coopération bilatérale, notamment sécuritaire, et sur la tenue d'une deuxième session de la Grande Commission mixte Bénin-Mali.


Des accords techniques aux premiers gestes sur le terrain


Ce dégel s'est depuis traduit par des avancées concrètes. Les 14 et 15 juin, des délégations d'experts béninois et nigériens se sont retrouvées à Cotonou pour 48 heures de négociations denses sur les contentieux accumulés, sécurité, économie, fiscalité, débouchant sur l'exonération de taxes de transit, la révision de charges et un chronogramme progressif de réouverture frontalière, officialisé par un communiqué conjoint signé le 16 juin par les ministres des Affaires étrangères des deux pays.


Avec le Burkina Faso, l'un des deux pays de l'AES conviés, en vain, au défilé de 2025, le rapprochement a franchi une étape plus sensible encore. Le 14 juillet, une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux montrerait l'entrée d'une colonne des Forces armées burkinabè, pick-up armés, véhicule blindé à roues, camions logistiques et matériel de génie, dans la zone frontalière disputée de Koalou.


Sur ces images, non authentifiées de manière indépendante, un militaire béninois est entendu lancer un « bonne arrivée » aux véhicules burkinabè. Ce geste interviendrait dans un contexte où la zone a été frappée à deux reprises par le JNIM en l'espace de quelques semaines : 12 soldats béninois tués selon une revendication du groupe datée du 29 mai, puis une attaque revendiquée le 8 juin contre un poste à Boukli.


Selon le Situation Report d'I-Sahel pour le mois de juin, le JNIM a par ailleurs revendiqué plus de 14 opérations dans six régions du Burkina Faso, une dispersion géographique interprétée comme une stratégie d'usure s'étendant jusqu'aux abords des frontières béninoise et nigérienne. L'Indice mondial du terrorisme 2026 confirme cette tendance : le Bénin recule à la 19ᵉ position mondiale, une dégradation que l'Institute for Economics and Peace attribue à l'extension des violences sahéliennes vers les pays côtiers, le pays ayant déployé environ 3 000 soldats le long de ses frontières nord.


Le 1er août, test de la solidité du rapprochement


Dans ce contexte, la présence ou l'absence des délégations burkinabè, nigérienne et malienne au défilé du 1er août prendrait une valeur particulière. Un an après une invitation restée sans réponse, que Wilfried Léandre Houngbédji avait pourtant présentée comme un geste fort de solidarité régionale par-delà la rupture entre l'AES et la CEDEAO, les trois pays sahéliens disposent cette fois de tous les ingrédients d'une réconciliation actée : visites présidentielles réciproques, mécanismes de coopération relancés, premiers gestes de coordination militaire sur le terrain face à une menace jihadiste commune.


Reste que, contrairement à l'an dernier, aucune communication officielle n'a pour l'instant fait état d'une invitation adressée par le Bénin aux trois États de l'AES pour l'édition 2026, une absence de précision qui pourrait aussi bien traduire une discrétion volontaire, dans un climat désormais apaisé où l'invitation irait de soi, que l'indication que la question reste encore, à ce stade, en suspens.


Leur participation, si elle se confirmait, viendrait sceller, par un geste protocolaire fort, une normalisation jusqu'ici construite dans la discrétion des cabinets diplomatiques et des comités d'experts. À l'inverse, une absence renouvelée, même dans un contexte de relations en apparence apaisées, rappellerait que les gestes de rapprochement, aussi nombreux soient-ils depuis deux mois, ne suffisent pas toujours à effacer immédiatement les stigmates d'une crise qui aura duré près de trois ans.


i-sahel

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