À l’ONU, l’AES place l’Ukraine au banc des accusés

À la 81e Assemblée générale des Nations unies, le Mali, le Niger et le Burkina Faso ont accusé des acteurs étrangers de contribuer à la déstabilisation du Sahel. Bamako et Niamey ont directement mis en cause l’Ukraine. Ouagadougou, au nom de la Confédération des États du Sahel (AES), a dénoncé plus largement des soutiens extérieurs aux groupes armés.
Bamako accuse directement Kiev
Le ministre malien des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Abdoulaye Diop, a prononcé la déclaration du Mali au nom du président de la Transition, le général Assimi Goïta.
Bamako affirme faire face à une « guerre hybride par procuration » et accuse des « sponsors étatiques étrangers » de financer, armer, fournir une logistique et des renseignements aux groupes terroristes.
Le gouvernement malien cite directement l’Ukraine, qu’il accuse d’avoir reconnu depuis 2024 son soutien à des groupes opérant au Sahel.
« Nous ne sommes pas dupes, l’Ukraine n’est que la partie visible de l’iceberg de la déstabilisation de nos pays », affirme la déclaration malienne.
Niamey cite la France et l’Ukraine
Le Premier ministre nigérien Ali Mahamane Lamine Zeine a également mis en cause Kiev, aux côtés de Paris.
Selon lui, la déstabilisation du Sahel relève d’une « ingénierie cynique de recolonisation ». Il affirme que l’« entreprise perfide de déstabilisation du Sahel » est « conduite par la France avec la complicité active de l’Ukraine ».
Le Premier ministre nigérien accuse par ailleurs des groupes soutenus par ces pays de se trouver aux frontières nord-est du Niger et de préparer des attaques contre des positions militaires et des installations pétrolières.
Le Burkina, au nom de l'AES dénonce des soutiens étatiques
Le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, s’est exprimé au nom de l’AES.
Sans citer directement l’Ukraine dans ce passage, il affirme que la Confédération fait face à « une entreprise persistante de déstabilisation, soutenue par des moyens considérables ».
Il évoque des soutiens « y compris étatiques » aux groupes armés et appelle à identifier ceux qui les « financent, arment, fournissent des renseignements ou protègent ».
La déclaration dénonce également l’utilisation des technologies de l’information et de l’intelligence artificielle à des fins de « manipulation et de déstabilisation ».
Le FLA répond à Abdoulaye Diop
L’Ukraine et les autres pays mis en cause n’avaient pas réagi publiquement au moment de la publication. Le porte-parole du Front de libération de l’Azawad (FLA), Mohamed Elmaouloud Ramadane, a toutefois répondu, lundi, sur Facebook aux propos d’Abdoulaye Diop.
Il accuse à son tour Bamako de recourir à des mercenaires russes contre des civils et d’utiliser des drones contre des campements et des infrastructures civiles.
Le porte-parole du FLA reproche surtout au gouvernement malien de chercher un « bouc émissaire extérieur » et de présenter l’Ukraine comme un alibi aux difficultés du pays. Il rappelle également le rôle d’Abdoulaye Diop dans les négociations d’Alger en 2014, estimant que les crises maliennes sont antérieures à l’implication aujourd’hui attribuée à Kiev.
Mohamed Elmaouloud Ramadane lie enfin la poursuite de l’instabilité au Sahel à l’absence de règlement politique de la question de l’Azawad.
Les déclarations intervenues à New York s’inscrivent dans un contexte où plusieurs éléments liés à des contacts ou activités ukrainiens au Sahel ont été documentés ces dernières semaines.
Le 7 septembre, une enquête d’i-Sahel a examiné trois photographies publiées par Kyrylo Budanov dans un message consacré aux activités ukrainiennes « de la Russie à l’Afrique ». L’une des images montre plusieurs hommes armés et des véhicules de type pick-up dans un environnement désertique.
Des sources proches du FLA et d’autres interlocuteurs ont confirmé à i-Sahel l’existence de contacts ou de formations avec des Ukrainiens. ,
Une autre enquête d’i-Sahel a porté sur Fjärrstridsgrupp Alfa (FSG-A), après la découverte d’une offre de recrutement pour une mission au nord du Ghana et au sud du Burkina Faso. L’annonce recherchait notamment un spécialiste de la reconnaissance expéditionnaire et de l’identification de cibles.
Le 25 septembre, plusieurs publications du compte Instagram de FSG-A avaient été supprimées. Parmi elles, la mention Ukraine dans la bio et une photographie de huit hommes armés devant un pick-up. Le motif de ces suppressions n’a pas pu être établi.
La séquence ouverte à l’ONU intervient donc dans un contexte de multiplication des accusations croisées entre les acteurs sahéliens, Moscou, Kiev et leurs partenaires, sur fond de lutte pour le contrôle du récit autour du conflit au Sahel.
i-Sahel





Commentaires