Bénin : traquer l’argent du terrorisme, l’autre front de la sécurité

Au Bénin, la lutte contre le terrorisme se joue également sur le terrain financier. Les travaux d’un séminaire national consacré à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT) se sont achevés mercredi 16 septembre 2026, après deux jours d’échanges entre autorités publiques, leaders religieux et responsables d’organisations confessionnelles.
La cérémonie d’ouverture, mardi 15 septembre, avait été présidée par le ministre délégué auprès du président de la République, chargé de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Djibril Mama Cissé. L’initiative du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), avec l’appui du gouvernement béninois, visait à renforcer la coopération entre les institutions publiques et les autorités religieuses.
20 incidents recensés par i-Sahel
Cette mobilisation intervient alors que le nord du Bénin reste exposé aux activités du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM).
Selon un rapport de situation réalisé par i-Sahel à partir des revendications du groupe, 20 incidents ont été recensés au Bénin entre janvier 2025 et juillet 2026, c'est à dire un an six mois.
Les revendications du JNIM font état d’au moins 156 pertes militaires béninoises sur cette période.
Trois départements apparaissent dans ce recensement, l’Alibori, l’Atacora et le Borgou. L’Alibori concentre la majorité des incidents avec 10 attaques et 126 pertes revendiquées, devant l’Atacora avec 7 incidents et 27 pertes, et le Borgou avec 3 incidents et 3 pertes.
L’Alibori concentre la pression
La chronologie établie par i-Sahel montre également une forte concentration des attaques contre les positions militaires.
Sur les 20 incidents recensés, 15 correspondent à des assauts contre des casernes ou des points militaires. Deux autres impliquent des engins explosifs improvisés (EEI), tandis que les trois incidents restants relèvent respectivement d’une embuscade, d’un retrait sans combat et d’un assaut suivi d’une fuite.
L’incident le plus meurtrier revendiqué dans cet ensemble remonte au 19 avril 2025, lors d’un raid coordonné contre les positions d’Ouda et de Koudo, dans la commune de Kandi, en Alibori. Le JNIM avait alors revendiqué 70 morts.
Le recensement distingue également les deux périodes étudiées, 12 incidents et 123 pertes revendiquées en 2025, contre 8 incidents et 33 pertes revendiquées en 2026, sur la période couverte par le rapport.
Pour l’attaque du 8 janvier 2025, le bilan officiel béninois faisait état de 28 morts, contre plus de 30 revendiqués par le JNIM. Pour les événements d’avril, le bilan officiel communiqué pour l’attaque du 17 avril 2025 faisait état de 54 morts, tandis que le JNIM revendiquait 70 morts dans son communiqué du 19 avril.
Le financement, autre front de la lutte
C’est dans ce contexte sécuritaire que les autorités béninoises ont choisi d’associer les responsables religieux à la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme.
Les participants au séminaire ont notamment été sensibilisés aux risques liés aux financements illicites et au rôle préventif des communautés religieuses. Les échanges ont porté sur la sensibilisation locale, le dialogue interreligieux, la prévention des discours de haine et de la radicalisation ainsi que la coopération avec les institutions publiques.
À l’ouverture, Djibril Mama Cissé a insisté sur la nécessité d’un partenariat fondé sur la confiance, le dialogue et l’échange d’informations. Il a également souligné le rôle de la Cellule nationale de traitement des informations financières (CENTIF).
Son président, Abdou Rafiou Bello, a rappelé que les groupes terroristes ont besoin de ressources financières pour recruter, se déplacer et s’équiper. « Les groupes terroristes ont besoin de ressources financières pour recruter, se déplacer et s’équiper. Tarir ces sources de financement revient à affaiblir directement leurs capacités de nuisance », a-t-il déclaré.
Selon lui, la CENTIF a enregistré en 2025 une hausse des déclarations de soupçon et produit plus de 150 notes de renseignement financier au cours de cette seule année.
Une menace qui dépasse les frontières
Le rapport d’i-Sahel relève également une extension de cette dynamique au Togo. Un incident a été recensé le 7 juillet 2025 à Tanbangou, dans la région des Savanes, où le JNIM a revendiqué une attaque à l’EEI contre une patrouille de l’armée togolaise. Le groupe n’avait pas précisé le nombre de pertes.
À l’échelle de l’ensemble de la zone d’opération du JNIM, son bilan pour la période allant de juin 2024 à mai 2025 revendiquait plus de 322 raids, 257 attaques à l’EEI et 80 embuscades, ainsi que plus de 4 259 militaires et agents tués.
Dans cette comptabilité revendiquée par le groupe, le Bénin représente environ 3,7 % des pertes militaires revendiquées à l’échelle régionale.
Le renseignement financier comme outil de sécurité
Pour le Bénin, la lutte contre le financement du terrorisme constitue ainsi un volet complémentaire de la réponse militaire.
L’enjeu est notamment d’identifier les transactions suspectes, de retracer les circuits financiers et de renforcer le partage d’informations entre les institutions compétentes.
Le séminaire a également mis l’accent sur le rôle des acteurs religieux dans cette démarche. Leur proximité avec les communautés locales peut contribuer à la sensibilisation, au dialogue interreligieux et à la prévention de la radicalisation.
Intervenant au nom du directeur général du GIABA, le représentant résident de la CEDEAO au Bénin, Amadou Diongue, a souligné que l’évolution des menaces sécuritaires en Afrique de l’Ouest nécessitait d’accompagner la réponse militaire d’actions sociales et préventives destinées à préserver la cohésion nationale.
Après deux jours de travaux, le séminaire s’est achevé mercredi 16 septembre. Pour les autorités béninoises, la lutte contre le terrorisme passe donc également par un autre front : identifier ses ressources, renforcer le renseignement financier et empêcher que des circuits financiers ne contribuent à alimenter les groupes armés.
i-Sahel





Commentaires