Ce que dit le choix d'Alger sur le retour de Modibo Koné
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- il y a 4 jours
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Donné pour mort ou grièvement blessé après les attaques du 25 avril, le chef du renseignement malien refait surface quatre mois plus tard, et pas n'importe où. Ce choix d'Alger, dans un contexte de réchauffement diplomatique, n'a rien d'anodin.

Dans la délégation malienne reçue par le président algérien Abdelmadjid Tebboune, une présence n'est pas passée inaperçue : celle du général Modibo Koné. Le chef de l'Agence nationale de la sécurité de l'État (ANSE) faisait là sa première apparition publique depuis les attaques coordonnées du 25 avril, menées par le JNIM et son allié le Front de libération de l'Azawad (FLA).
Une première apparition depuis les attaques du 25 avril
Ces attaques avaient visé le cœur même du régime militaire de Bamako. À Kati, le général Sadio Camara, alors ministre de la Défense, avait été tué. Le général Koné, lui, avait été visé au même moment.
Dans sa revendication, le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM/JNIM) avait revendiqué ces opérations, ainsi que l'attaque contre l'aéroport international Modibo-Keïta de Bamako et les assauts contre les positions militaires de Kati, affirmant en outre avoir pris le contrôle de Mopti, de la majeure partie des positions de l'armée à Sévaré et Gao, ainsi que de Kidal, avec, selon ses propres termes, « la participation de nos partenaires du FLA ».
Depuis, le chef du renseignement malien était au centre de spéculations, certains le donnant pour grièvement blessé, d'autres l'ayant même annoncé mort.
Le voilà qui refait surface, et pas dans n'importe quel contexte. L'homme a été vu à Alger aux côtés du Premier ministre Abdoulaye Maïga, du ministre des Affaires étrangères Abdoulaye Diop, de l'ambassadeur du Mali en Algérie Mohamed Amaga Dolo, et du capitaine Demba N'Daw, directeur de cabinet du général Goïta, à l'occasion de la première visite d'un responsable malien de haut rang après des mois de tension entre Bamako et Alger.
Qui est Modibo Koné

Modibo Koné n'est pas un inconnu dans le dispositif du régime militaire malien. Il fait partie des colonels qui ont déposé Ibrahim Boubacar Keïta en août 2020. Lors de l'annonce de la prise du pouvoir, il était assis à l'extrême gauche, à côté d'Assimi Goïta — devenu, sous la première transition dirigée par Bah N'Daw, vice-président, avant de devenir président de la transition après la rectification de mai 2021.
Il a occupé le poste de ministre de la Sécurité et de la Protection civile entre octobre 2020 et mai 2021, avant d'être nommé, alors colonel, directeur général de l'Agence nationale de la sécurité de l'État (ANSE), l'ex-DGSE (Direction générale de la Sécurité d'État), en juin 2021. Il a été élevé au grade de général de corps d'armée le 24 octobre 2024, trois jours après la cérémonie d'élévation d'Assimi Goïta, de Maïga Diaw, d'Ismaël Wagué et d'Abdoulaye Maïga. Sa carrière militaire l'avait auparavant conduit au poste de chef de poste de commandement tactique à Koro, à partir de 2017.
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« Le président bis »

Une source proche du régime de Bamako, interrogée par i-Sahel sur le sens à donner à cette première apparition en Algérie, près de quatre mois après les événements d'avril, situe d'abord Modibo Koné dans la continuité : « C'est lui qui maintenait les liens entre les deux pays. Même au moment le plus tendu, les services de renseignement des deux pays ont continué les échanges, et leurs chefs se sont rencontrés dans certains pays, Turquie, Russie, etc. »
Sa présence à Alger répondait, selon cette source, à un besoin précis lié au message porté par le Premier ministre : celui d'une demande adressée à l'Algérie de ne pas s'immiscer dans les affaires intérieures du Mali, les groupes indépendantistes étant considérés comme terroristes par Bamako, qui exige d'eux qu'ils déposent les armes et acceptent le dialogue inter-malien comme seule voie de négociation.
C'est cet engagement que le président Tebboune allait formuler publiquement à l'issue de l'audience, selon Maiga, en réitérant que « l'Algérie ne s'ingérera jamais dans les affaires intérieures de nos pays ».
Sur son état de santé, la même source évoque une prise en charge rapide : après une dizaine de jours, le général était sorti de soins et avait repris ses activités environ une semaine plus tard.
« Beaucoup de rumeurs, pas grand-chose », résume-t-elle, avant de rappeler un trait plus général du personnage : « C'est quelqu'un qu'on ne voit jamais, mais il est toujours là. Même dans certaines rencontres, les gens ne le reconnaissent pas. » Elle précise qu'il a été demandé à la presse d'éviter de le filmer depuis sa nomination. Pour cette source, son retour à Alger marque un retour « officiel ».
Un chercheur malien ayant souhaité garder l'anonymat va dans le même sens : « C'est le président bis. Dans tous les régimes maliens, le chef du renseignement est le président bis — qui plus est dans un régime militaire. » Il rappelle que Modibo Koné s'était déjà rendu à Alger par le passé et y avait été chaleureusement accueilli par le président Tebboune.
Le contexte de cette nouvelle apparition n'a, selon lui, rien d'anodin : elle permet de « faire taire les rumeurs qui l'annonçaient mourant ». « C'est le bras armé d'Assimi. Toutes les arrestations militaires et judiciaires, c'est lui », ajoute-t-il.
Un observateur des conflits au Sahel, sollicité par i-Sahel, se montre plus prudent sur la portée de cette réapparition, tout en écartant l'idée du hasard : « Sa présence dans la délégation n'est pas fortuite. Est-ce pour une éventuelle collaboration entre les services de renseignement des deux pays ? C'est possible, mais chacun restera prudent. » Il évoque par ailleurs des libérations en cours « de part et d'autre, État et groupes armés, dans l'ombre », et confirme, selon ce qu'il en sait, que le général « a repris service depuis un bon moment ».
Une portée qui dépasse le seul Mali
Ce rapprochement déborde le seul cadre bilatéral : selon Abdoulaye Maïga, la vision portée par Tebboune serait aussi partagée par les présidents nigérien et burkinabè, au sein de la Confédération des États du Sahel. Il intervient après quinze mois de rupture entre Bamako et Alger, ouverte par la destruction d'un drone malien à Tinzaouatène en avril 2025, et prépare le terrain à une visite officielle d'Assimi Goïta à Alger, dont la date reste à fixer.
i-Sahel




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