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De l'exportation brute à la transformation locale : l'AES pose les jalons d'une nouvelle gouvernance minière et énergétique


Réunis à Ouagadougou du 10 au 12 août, les experts du Burkina Faso, du Mali et du Niger examinent cinq documents censés harmoniser les politiques énergétiques et minières de la Confédération AES. L'occasion de dresser un état des lieux chiffré des ressources des trois pays, entre records de production, tensions avec des opérateurs étrangers et accès à l'électricité encore très limité.




La rencontre des hauts fonctionnaires et experts de la Confédération des États du Sahel (AES) chargés de l'énergie, des mines et du pétrole s'est ouverte le lundi 10 août 2026 à Ouagadougou, sous la présidence du Secrétaire général du ministère burkinabè de l'Energie, des Mines et des Carrières, Doulaye Sanou.


Pour le chargé de mission Alidou Ouédraogo, point focal de l'AES au Burkina Faso, l'énergie, les mines et le pétrole se trouvent au centre des ambitions du Burkina Faso, du Mali et du Niger de bâtir des économies nationales fortes, de soutenir l'industrialisation et de consolider les bases de leur indépendance.


Jusqu'au 12 août, les experts des trois pays doivent examiner cinq textes appelés à façonner l'avenir énergétique et minier de la Confédération : le projet de cadre général d'exploitation des ressources énergétiques et minières de l'AES, le mémorandum d'entente instituant la Semaine de l'Énergie et des Mines de l'AES (SEM-AES), la note conceptuelle de cette initiative, le cadre harmonisé des politiques énergétiques des États du Sahel, et le cadre harmonisé des politiques minières des États du Sahel.


Du côté malien, le conseiller technique chargé de l'exploitation minière, Lassina Guindo, a insisté sur la nécessité d'harmoniser les approches entre les trois pays, tous dotés de ressources minières importantes. Une position partagée par le directeur général de Mazumawa National Gold Company, le Nigérien Abdou Ousseni, pour qui les textes doivent être juridiquement solides et alignés sur la vision des plus hautes autorités des trois États.



Dans une allocution lue par le Secrétaire général, le ministre burkinabè en charge de l'Energie, des Mines et des Carrières, Yacouba Zabré Gouba, a appelé à un changement de modèle économique : passer de l'exportation brute à la transformation locale, de la sous-traitance à la promotion du contenu local, et de la dépendance technologique à la valorisation de l'expertise sahélienne.


Le ministre voit également dans la future Semaine de l'Energie et des Mines de l'AES une vitrine pour promouvoir les potentialités régionales, renforcer les partenariats et mobiliser des investissements respectueux de la souveraineté des États membres.


Burkina Faso, l'or en pleine embellie. Selon le bilan présenté le 30 janvier 2026 par le Premier ministre Rimtalba Jean-Emmanuel Ouédraogo devant l'Assemblée législative de Transition, rapporté par Mines Actu Burkina, le pays a produit un volume record de 94 tonnes d'or en 2025 (production industrielle et saisies confondues), contre environ 61 tonnes en 2024. Près de 42 à 43 tonnes proviennent de l'exploitation artisanale et semi-mécanisée, désormais mieux encadrée grâce à la Société Nationale des Substances Précieuses (SONASP), selon Ecomnews Afrique.


Ces performances ont généré plus de 776 milliards de FCFA de recettes budgétaires en 2025, contre 540 milliards en 2023, rapporte Africa24 TV. L'État a par ailleurs créé le fonds souverain minier « Siniyan-Sigui », destiné à financer des projets structurants à partir de 2027, et la Société de Participation Minière du Burkina (SOPAMIB) a récupéré 11 actifs miniers cédés par l'État, en vue de la relance de sites comme Perkoa, Inata ou Tambao, précise Mines Actu Burkina.


Sur le volet énergétique, environ 160 000 nouveaux ménages ont été raccordés au réseau électrique en 2025 (Africa24 TV), mais le taux d'accès à l'électricité reste bas, autour de 21,7 %, selon les chiffres présentés par les régulateurs énergétiques de l'AES à Bamako en mai 2025.


Mali, un secteur aurifère sous tension, mais une diversification en marche. Selon des chiffres provisoires du ministère malien des Mines consultés par Reuters, relayés par RT France et Norafrik, la production industrielle d'or a chuté d'environ 23 % en 2025, à 42,2 tonnes, contre 54,8 tonnes en 2024 et un record de 66,5 tonnes en 2023. Ce recul s'explique surtout par le conflit prolongé entre l'État malien et le groupe canadien Barrick Mining autour du complexe Loulo-Gounkoto, resté fermé de janvier à juillet 2025 avant de redémarrer sous administration provisoire nommée par l'État.


B2Gold est ainsi devenu le premier producteur du pays avec 17,5 tonnes, devant Allied Gold (9,58 tonnes) et Barrick. L'or reste néanmoins le pilier de l'économie malienne, représentant près de 70 à 75 % des exportations, selon Sikafinance et la Banque mondiale.


Le pays a en parallèle amorcé sa diversification minière avec le démarrage, fin 2024, de la mine de lithium de Goulamina, exploitée par le groupe chinois Ganfeng, rapporte APAnews. Sur le plan énergétique, le taux d'accès à l'électricité, estimé à environ 53 % au niveau national selon les régulateurs de l'AES, reste très inégal entre villes et campagnes, où il tombe autour de 24 à 25 % en zone rurale d'après l'Agence malienne pour le développement de l'énergie domestique et de l'électrification rurale (AMADER), citée par Africanews.


Niger, l'essor pétrolier face au bras de fer sur l'uranium. Selon le ministère nigérien du Pétrole cité par Invest-Time, depuis la mise en service du pipeline Niger-Bénin, la production pétrolière nationale est passée d'environ 20 000 à près de 110 000 barils par jour, avec un objectif affiché de 200 000 barils/jour d'ici 2026, selon l'agence Ecofin. Les hydrocarbures pourraient représenter à moyen terme jusqu'à la moitié des recettes fiscales du pays, selon les projections du ministère des Finances relayées par le FMI.


Le secteur de l'uranium, longtemps pilier historique de l'économie nigérienne, traverse en revanche une crise ouverte avec la France : après la nationalisation en juin 2025 de la Somaïr, filiale d'Orano exploitant la mine d'Arlit, plus de 1 800 tonnes de concentré d'uranium, évaluées à environ 380 millions de dollars, restent bloquées faute d'acheteurs, dans un contentieux porté devant le Centre international pour le règlement des différends relatifs aux investissements (CIRDI), rapporte La Nouvelle Tribune. Niamey a créé une nouvelle société publique, la Teloua Safeguarding Uranium Mining Company (TSUMCO), pour reprendre la gestion du site, selon l'agence Ecofin. Le taux d'accès national à l'électricité demeure le plus faible des trois pays, autour de 19,5 %, selon les données présentées lors de la rencontre des régulateurs énergétiques de l'AES.


Le ministre a par ailleurs souligné l'urgence d'une gouvernance rigoureuse, orientée vers la lutte contre la fraude, la corruption, l'évasion des revenus, l'orpaillage illicite et les trafics de substances minières, tout en prenant en compte les communautés riveraines des sites miniers et énergétiques, la protection de l'environnement, la santé et la sécurité des travailleurs, ainsi que la réhabilitation des sites d'exploitation. Il a conclu en réaffirmant l'unité des trois pays : « Nous sommes trois États, mais nous formons un même front de souveraineté ».


L'AES est née le 16 septembre 2023 avec la signature, par le Burkina Faso, le Mali et le Niger, de la Charte du Liptako-Gourma, un pacte de défense mutuelle conclu peu après le coup d'État militaire au Niger et la menace d'intervention de la CEDEAO.


Ce dispositif purement sécuritaire s'est ensuite élargi : en juillet 2024, les trois États ont proclamé la Confédération des États du Sahel, franchissant une étape vers l'intégration politique et économique.


Parallèlement, Ouagadougou, Bamako et Niamey ont acté leur rupture avec la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), retrait devenu effectif le 29 janvier 2025. Depuis, l'AES a progressivement étendu son champ d'action à la diplomatie, à la sécurité, mais aussi à des secteurs économiques stratégiques comme l'énergie, les mines et le pétrole, illustrant sa volonté de se doter d'une architecture d'intégration régionale à part entière.


i-sahel

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