Dicko, l’angle mort du dégel entre Alger et Bamako ?
- Infos du Sahel

- il y a 23 heures
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Le Mali et l’Algérie renouent progressivement après quinze mois de tensions diplomatiques. Alors que les deux capitales multiplient les signaux de normalisation, la visite du Premier ministre malien Abdoulaye Maïga à Alger, ce lundi 24 août, marque une nouvelle étape. Au cœur des enjeux de cette reprise : la coopération bilatérale, mais probablement aussi la question sensible de Mahmoud Dicko, installé en Algérie depuis décembre 2023.

Le Premier ministre malien, le général Abdoulaye Maïga, est arrivé ce lundi 24 août 2026 à Alger, pour une visite de travail effectuée à l’invitation de son homologue algérien, Sifi Ghrieb.
À son arrivée à l’aéroport international Houari Boumediene, il a été accueilli par le Premier ministre algérien. Après les honneurs militaires, les deux responsables se sont retrouvés au salon d’honneur pour de premiers entretiens, ont rapporté les services maliens.
Abdoulaye Maïga est porteur d’un message du président de la Transition malienne, le général Assimi Goïta, à son homologue algérien, Abdelmadjid Tebboune.
Le chef du gouvernement malien doit également être reçu en audience par le président algérien. Cette rencontre doit permettre de poursuivre les échanges engagés ces dernières semaines entre les deux pays.
Cette visite intervient effectivement quelques semaines après l’annonce, le 10 juillet, de la reprise des relations diplomatiques entre Alger et Bamako, après quinze mois de crise. Les deux pays ont décidé du retour de leurs ambassadeurs et de la réouverture de leurs espaces aériens.
Une crise née autour du drone abattu à Tinzaouatene
La mésentente faisait suite à la destruction, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, d’un drone malien à Tinzaouatene. Bamako avait accusé Alger d’avoir permis aux groupes armés d’opérer depuis son territoire. L’Algérie avait rejeté ces accusations.
La crise s’inscrivait dans un contexte déjà tendu depuis la décision de Bamako, en janvier 2024, de dénoncer l’Accord d’Alger de 2015.
Le déplacement d’Abdoulaye Maïga constitue donc un nouveau signal de la volonté des deux capitales de tourner cette page et de rétablir progressivement un dialogue politique.
Mais ce rapprochement laisse en suspens une question qui peut paraitre sensible : quel sort pour Mahmoud Dicko ?
Dicko, toujours en Algérie
Le poids politique de Mahmoud Dicko ne date pas de son exil en Algérie. En 2020, l’imam avait été l’une des principales figures de la contestation contre le président Ibrahim Boubacar Keïta. À travers la CMAS et le M5-RFP, il avait contribué à mobiliser une partie importante de la population lors des grandes manifestations de juin et juillet, qui avaient profondément fragilisé le pouvoir.
Le 18 août, des militaires basés à Kati renversaient finalement IBK. Dicko n’a pas dirigé cette opération militaire, mais son rôle dans la mobilisation qui a précédé le coup d’État a fait de lui l’un des acteurs majeurs de la période ayant conduit à la chute du régime. Ce passé explique en partie pourquoi son retour au Mali reste un sujet politiquement sensible pour les autorités de transition avec lesquelles il n'a pas su composer.
Le religieux malien vit en Algérie depuis décembre 2023. Il avait envisagé un retour au Mali début 2025, avant d’y renoncer dans un contexte où il craignait des poursuites judiciaires. Depuis, il a poursuivi son activité politique.
Le 5 décembre 2025, Dicko a rejoint la Coalition des Forces pour la République (CFR), dont il est aujourd’hui le dirigeant aux côtés d’Etienne Fakaba Sissoko.
Ce dernier, universitaire et opposant au pouvoir de transition, a lui aussi connu la prison. Il avait été condamné après la publication d’un ouvrage critiquant notamment la communication du gouvernement.
Il est donc clair que Pour Bamako, le dossier Dicko ne peut pas être réduit à la question d’un opposant vivant à l’étranger.
Un dossier qui ne semble pas au cœur du dégel
Reste à savoir si la présence de Dicko en Algérie joue un rôle dans les discussions actuelles et si son dossier fait partie des sujets qui seront abordés lors de la visite d’Abdoulaye Maïga.
Pour le chercheur Yvan Guichaoua dans un entretien avec i-Sahel, le rapprochement entre Alger et Bamako répond avant tout à des considérations géopolitiques plus larges.
« Je pense que tout ce que fait l'Algérie en ce moment a des bases géopolitiques », estime-t-il. Selon lui, Alger cherche notamment à préserver sa profondeur stratégique au Sahel au moment où plusieurs autres acteurs tentent de pousser pour gagner leurs places, à l’image du Maroc, des Émirats arabes unis, de la Turquie, de la Libye... Pour illustration, le royaume chérifien et le Mali ont signé plusieurs de coopération dans le cadre de la Grande Commission mixte de coopération qui s'est tenue du 21 au 24 juillet à Bamako.
Dans cette stratégie, le Niger occupe une place importante. En effet, Niamey a maintenu ses relations avec Alger pendant toute la crise algéro-malienne. Le président Abdourahamane Tiani s’est rendu dans la capitale algérienne en février 2026, avant la tenue en mars de la Grande Commission mixte entre les deux pays.
La coopération s’est ensuite renforcée dans les secteurs de l’énergie et de la sécurité.
L’Algérie renforce sa présence sécuritaire
Le 9 août, Alger a remis à l’Armée nigérienne quatre hélicoptères militaires, deux Mi-24V et deux Mi-171, accompagnés de munitions, de pièces de rechange et de matériel de maintenance.
Deux jours auparavant, le ressortissant allemand Ulumaskan Sinan, détenu au Niger, avait été transféré en Algérie après sa libération.
Les deux opérations ont transité par la base d’In Guezzam, dans le sud algérien.
Cette séquence semble démontrer la place croissante de cette zone dans le dispositif algérien vers le Sahel. Elle intervient parallèlement au développement de projets énergétiques et économiques avec le Niger.
Les intérêts de Sonatrach s’inscrivent dans cette dynamique. Le groupe énergétique algérien est notamment présent dans les discussions autour des ressources pétrolières du Grand Sud et des zones proches du Niger.
Pour Alger, la coopération avec les pays de l’AES combine donc désormais plusieurs dimensions : la diplomatie, la sécurité, l’énergie et les infrastructures.
« On n’en est vraiment pas là »
Dans ce contexte, Yvan Guichaoua estime que le dossier Dicko ne constitue pas, à ce stade, un élément central du rapprochement entre Alger et Bamako. « On n’en est vraiment pas là », affirme-t-il.
Le chercheur souligne la difficulté que représenterait un éventuel retour de l’imam. Une arrestation pourrait provoquer de nouvelles tensions. Mais une réintégration dans le jeu politique malien serait également difficile après plusieurs années de confrontation avec les autorités.
Guichaoua n’exclut toutefois pas qu’Alger puisse conserver Dicko comme une possibilité pour l’avenir. « Peut-être que l'Algérie garde Dicko sous le coude pour faciliter les choses le jour où ça deviendra réalisable », avance-t-il.
Il insiste cependant sur le fait que ce scénario reste hypothétique.
La situation de Mahmoud Dicko demeure donc en suspens, alors que les deux pays poursuivent leur rapprochement.
i-Sahel




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