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Mali : de Kidal à Tabrichat, le FLA et le JNIM assument désormais leur coordination militaire

 De la reprise de Kidal, le 25 avril, aux combats d'Anéfis puis à l'embuscade de Tabrichat, les communiqués du Front de libération de l'Azawad (FLA) et du Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) témoignent d'une évolution dans leur communication. Longtemps évoquée à travers les observations de terrain ou les accusations de leurs adversaires, leur coopération est désormais revendiquée publiquement à plusieurs reprises. Cette évolution trouve également un écho dans la communication des autorités maliennes, qui ciblent conjointement les dirigeants des deux mouvements, alors que les affrontements dans le nord du Mali continuent de mettre en lumière des convergences opérationnelles dont l'ampleur exacte reste toutefois impossible à vérifier de manière indépendante.




Si la proximité entre le Front de libération de l'Azawad et le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans n'est pas nouvelle sur le terrain, la manière dont les deux mouvements la revendiquent publiquement a nettement évolué depuis le 25 avril dernier. De la prise de Kidal aux combats d'Anéfis puis de Tabrichat, le passage d'une proximité feutrée à une coordination ouvertement assumée dans des communiqués officiels marque une étape dans l'affichage de cette relation — une évolution que semble également refléter la composition de la liste des personnes recherchées publiée par Bamako.


25 avril : la chute de Kidal, premier acte d'une coordination revendiquée


C'est dans un communiqué du bureau exécutif du FLA, daté du 25 avril et signé par son porte-parole Mohamed Elmaouloud Ramadane, que la coordination avec le JNIM apparaît pour la première fois formulée noir sur blanc. Le mouvement y annonce que ses forces ont pris, « tôt ce matin du 25 avril 2026, le contrôle total de la ville de Kidal », ne laissant subsister qu'« une petite poche de résistance résiduelle composée de mercenaires russes de l'Africa Corps et de quelques militaires maliens retranchés dans l'ancien camp de la MINUSMA ». Le texte précise sans détour que « cette opération est menée en partenariat avec le JNIM, également engagé dans la défense des populations contre le régime militaire de Bamako », ajoutant que le Front a également participé, « dans le cadre de la même coordination opérationnelle », à l'attaque des positions militaires de Gao.


Le même jour, le JNIM publiait sa propre déclaration de victoire, sous une forme nettement plus offensive. Le mouvement y revendiquait une série d'opérations d'ampleur : des attaques visant le siège du président malien Assimi Goïta, celui du ministre de la Défense Sadio Camara, l'aéroport international Modibo Keïta à Bamako, ainsi que des positions militaires à Kati. Il y affirmait en outre avoir pris le contrôle total de Mopti, la plupart des bastions adverses à Sévaré et Gao, ainsi que la ville de Kidal elle-même, au terme d'une opération qu'il qualifie de « bénie et réussie » menée contre l'armée malienne et les mercenaires russes, « avec la participation de nos partenaires du FLA ».


Le communiqué du JNIM insistait explicitement sur le caractère organisé de cette alliance, évoquant « une coordination sincère entre nous et nos partenaires » et « une participation effective de nos frères du Front de libération de l'Azawad ». Le mouvement y formulait par ailleurs une offre inhabituelle à l'endroit de Moscou, se disant disposé à « neutraliser la partie russe dans le conflit » en échange d'un non-ciblage de ses forces et de l'ouverture d'une « relation future équilibrée et efficace » avec la Russie — une proposition qui n'a, à ce jour, reçu aucune réponse publique connue des autorités russes.


4 juin : Bamako met à prix les cadres du JNIM, implantés région par région


Six semaines après la chute de Kidal, le gouvernement malien a publié, le 4 juin, un communiqué du ministère de la Sécurité et de la Protection civile, signé par le général Daoud Aly Mohammedine, offrant des récompenses financières pour toute information menant à l'arrestation ou à la neutralisation de plusieurs individus recherchés pour terrorisme.


Cette liste est très largement dominée par les cadres du JNIM, avec des montants qui semblent refléter le maillage territorial mis en place par le mouvement, celui-ci ayant divisé le Sahel en plusieurs zones d'implantation régionales (mantiqas). En tête figure Iyad Ag Ghaly, alias Abou al-Fadel, chef historique du mouvement, mis à prix pour 2 milliards de FCFA — la récompense la plus élevée de la liste — suivi d'Hamadoun Hassan Sangaré, alias Amadou Kouffa, l'un de ses principaux lieutenants (1,5 milliard de FCFA), et d'Abdoulaye Mamoudou Bakaye Diallo, alias Jouleybib de Nampala, également mis à prix pour 1,5 milliard de FCFA. Deux émirs régionaux du JNIM figurent par ailleurs sur cette liste, chacun avec une récompense de 500 millions de FCFA : Sedane Ag Hita, connu sous plusieurs alias dont Outhman Al-Ansari et Abdel Hakim Al-Kidali, présenté comme l'émir du mouvement pour la région de Kidal, et Abderrahmane Al-Batna Al-Jazairi, identifié comme l'émir du JNIM pour la région de Tombouctou. La présence de ces deux figures régionales sur la liste, aux côtés des principaux dirigeants nationaux du mouvement, illustre l'étendue de l'ancrage territorial revendiqué par le JNIM dans le nord du Mali, bien au-delà de la seule zone de Kidal où se sont déroulés les combats d'Anéfis et de Tabrichat.


Aux côtés de ces cadres du JNIM figurent également deux dirigeants identifiés au FLA : Alghabass Ag Intalla (1 milliard de FCFA) et Bilal Ag Acherif (500 millions de FCFA). Cette coexistence, sur une même liste et avec des montants comparables, de responsables se réclamant de l'un et l'autre mouvement illustre la manière dont Bamako semble aujourd'hui appréhender le JNIM et le FLA comme des menaces imbriquées plutôt que distinctes — une lecture qui fait écho, en miroir, à la coordination opérationnelle revendiquée par les deux mouvements eux-mêmes depuis le 25 avril.


Anéfis, début juillet : une coordination confirmée mais moins frontale


Début juillet, lors de la bataille d'Anéfis (4-13 juillet), le JNIM rompait son silence sur cette séquence spécifique en revendiquant, via sa chaîne Az-Zallaqa, sa participation directe aux combats aux côtés du FLA dans le cadre d'un « large assaut » contre des positions maliennes et russes à Anéfis, Gao et Aguel'hoc, allant jusqu'à revendiquer l'abattage d'un hélicoptère Mi-24. Le FLA, de son côté, communiquait alors séparément sur ses propres opérations, sans reprendre aussi explicitement la mention d'une coordination avec le JNIM que dans son communiqué du 25 avril.


Tabrichat, 18 juillet : le retour d'une revendication conjointe assumée


Le 18 juillet, à Tabrichat, cette coordination affichée refait surface avec la même clarté qu'au 25 avril. Le JNIM, via Az-Zallaqa, revendique de nouveau une attaque menée en coordination avec le FLA contre un convoi des FAMa et d'Africa Corps. Mais c'est surtout le communiqué officiel du FLA (n°17/BE/FLA/2026), signé par Mohamed Elmaouloud Ramadane, qui reprend une formulation presque identique à celle du 25 avril : le texte y affirme qu'« une unité du JNIM, composée de fils du terroir, a également pris part à cet accrochage », dans le cadre de ce qu'il présente comme « une coordination opérationnelle précise et rigoureuse ».


L'État islamique dénonce, dans Al-Naba, une « dérive » du JNIM


Cette coordination assumée entre le JNIM et le FLA n'a pas manqué de susciter des critiques au sein même de la mouvance jihadiste régionale. L'hebdomadaire Al-Naba, organe de propagande de l'organisation État islamique — rivale historique d'Al-Qaïda et donc du JNIM dans le Sahel —, lui a consacré un éditorial dénonçant les recompositions en cours au Mali.


Le texte y affirme observer un changement progressif dans la trajectoire du JNIM en Afrique de l'Ouest, qu'il présente comme une dérive marquée par des rapprochements avec des parties autrefois considérées comme adversaires dans la doctrine jihadiste classique, évoquant des transformations de discours et de pratiques interprétées comme une ouverture vers des arrangements politiques et des contacts indirects avec des acteurs extérieurs.


L'éditorial insiste sur ce qu'il décrit comme des contradictions méthodologiques internes à Al-Qaïda et à ses branches, notamment dans leur lecture différenciée de contextes comme l'Afghanistan et la Syrie, ou dans leur position vis-à-vis de certains gouvernements et forces armées — une instabilité doctrinale qu'Al-Naba juge incohérente.


Le texte revient explicitement sur les relations entre le JNIM et les mouvements armés issus de la dynamique azawadienne, évoquant des alliances ponctuelles et des coordinations passées ou récentes, tout en relevant que ces rapprochements avaient auparavant été niés ou contestés par les acteurs concernés avant d'être ensuite reconnus ou requalifiés — une observation qui rejoint la trajectoire publique du FLA lui-même, passé d'une communication séparée lors d'Anéfis à une revendication conjointe assumée à Tabrichat.


L'éditorial met en particulier en avant le cas du FLA, qu'il décrit comme un mouvement à vocation nationaliste et autonomiste dont l'objectif central reste l'indépendance ou l'autonomie de l'Azawad, soulignant la divergence historique entre ce projet politique et les organisations jihadistes avant de s'interroger sur les conditions ayant permis une convergence temporaire d'intérêts.


Le texte conclut en estimant que les alliances entre acteurs armés au Mali restent instables, évolutives et dictées par les rapports de force locaux, suggérant que ces configurations pourraient évoluer vers des ruptures ou des affrontements internes, comme cela aurait déjà été observé sur d'autres théâtres de conflit.


Une ligne de continuité depuis le 25 avril


Mise bout à bout, cette séquence dessine une continuité assez nette : le 25 avril à Kidal et Gao, le 4 juin dans la liste des personnes recherchées par Bamako — où l'identification de deux émirs régionaux du JNIM, l'un pour Kidal, l'autre pour Tombouctou, vient rappeler l'ancrage territorial étendu du mouvement dans le nord malien —, puis le 18 juillet à Tabrichat, trois signaux distincts convergent vers une même lecture : celle d'une coordination FLA-JNIM de moins en moins dissimulée, sur un territoire où l'implantation régionale du mouvement jihadiste et la présence du FLA semblent de plus en plus se recouper.


Cette évolution est renforcée par des informations recueillies par plusieurs sources concordantes d'i-sahel, selon lesquelles Hamza, présenté comme le fils d'Iyad Ag Ghali, aurait lui-même participé aux combats de Tabrichat aux côtés des jihadistes — une information non vérifiée de façon indépendante, mais qui, si elle était confirmée, s'inscrirait dans la même dynamique d'un engagement de plus en plus visible et personnalisé des cadres du JNIM aux côtés du FLA.


Sur le plan de la communication de guerre, cette coordination assumée offre un bénéfice distinct à chacun des deux mouvements : au FLA, elle permet de mettre en avant des soutiens et des capacités opérationnelles élargies face à l'alliance FAMa-Africa Corps ; au JNIM, elle lui permet de s'associer à un mouvement se présentant comme une force de libération nationale, élargissant potentiellement son ancrage local au-delà de son positionnement jihadiste régional — une stratégie déjà perceptible dans l'offre faite à la Russie dès le 25 avril.


Du côté d'Africa Corps, cette proximité est régulièrement mise en avant pour dénoncer ce que le groupe russe décrit comme une « influence grandissante du JNIM » au sein du FLA, un discours qu'il a notamment étayé en évoquant la présence croissante de littérature religieuse extrémiste retrouvée sur des combattants azawadiens tombés au combat lors de la bataille d'Anéfis.


La liste de récompenses publiée par Bamako le 4 juin, en mettant sur un pied d'égalité financière et symbolique les dirigeants des deux mouvements — tout en révélant l'organisation du JNIM en zones d'implantation régionales distinctes —, s'inscrit dans la même dynamique de convergence des regards portés sur le FLA et le JNIM, qu'ils émanent des belligérants eux-mêmes ou de l'État malien.


i-sahel

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