Mali : le gouvernement adopte une stratégie nationale de lutte contre la mendicité
- Infos du Sahel

- 8 août
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Le Conseil des ministres a adopté, le 7 août 2026, un projet de décret portant approbation de la Stratégie nationale de lutte contre la mendicité et son Plan d'actions 2026-2028, avec un accent particulier sur la protection des enfants, un phénomène documenté depuis plusieurs années par les autorités et les organisations humanitaires au Mali.

Réuni en session ordinaire le vendredi 7 août 2026 à Koulouba, sous la présidence du général Assimi Goïta, le Conseil des ministres a adopté, sur rapport du Premier ministre, chef du Gouvernement, un projet de décret portant approbation de la Stratégie nationale de lutte contre la mendicité et son Plan d'actions.
Une démarche entamée depuis juin 2026
Selon le compte rendu du Conseil des ministres, cette adoption fait suite à une communication écrite relative à cette même stratégie, dont le Conseil avait pris acte lors de sa session du 25 juin 2026.
Une approche centrée sur la protection de l'enfant
D'après le communiqué officiel, la stratégie vise à contribuer à la réduction durable de la mendicité, notamment celle impliquant les enfants, à travers une approche préventive, protectrice et inclusive.
Cette approche est centrée sur la dignité humaine, l'intérêt supérieur de l'enfant et la responsabilisation des acteurs familiaux, communautaires et institutionnels.
Le projet de décret adopté consacre l'approbation officielle de cette stratégie et ouvre la voie à sa mise en œuvre effective.
Un phénomène documenté depuis plusieurs années
Cette stratégie intervient dans un contexte où la mendicité des enfants, en particulier celle des « talibés » confiés à des écoles coraniques, fait l'objet d'un suivi de longue date par les autorités maliennes et les organisations non gouvernementales.
Selon la Direction nationale du Développement social, plus de 6 000 enfants mendiants avaient été recensés en 2008 à Bamako et dans les régions de Mopti et Ségou, un chiffre régulièrement cité comme point de référence dans les études ultérieures sur le phénomène, faute de données plus récentes consolidées à l'échelle nationale.
Plus récemment, l'ONG Enda Mali estimait à environ 1 366 le nombre d'enfants mendiants dans la seule région de Mopti en 2017, tandis que l'Annuaire statistique 2018 de la Direction régionale de Ségou faisait état de 1 641 enfants mendiants dans cette région, contre 1 086 en 2008, une évolution à la hausse sur la décennie. À Bamako, le Samusocial, une organisation de lutte contre l'exclusion sociale des enfants en danger dans la rue, avait accompagné plus de 1 200 enfants et jeunes en 2015, dont environ 67% vivaient de la mendicité selon son rapport d'activité, selon le média malien Bamada.net.
La loi malienne interdit formellement la mendicité sur la voie publique, l'article 183 du Code pénal (loi n°01-079 du 20 août 2001) réprimant spécifiquement l'incitation d'un mineur à la mendicité par des peines d'emprisonnement.
Un phénomène régional, aggravé par les crises multiples
Le phénomène des enfants talibés dépasse les frontières maliennes et concerne l'ensemble de la sous-région ouest-africaine, notamment le Burkina Faso, la Côte d'Ivoire et la Guinée, selon un rapport de l'Organisation internationale du travail (OIT) sur la migration des enfants talibés. Au Mali, plus de 95% de la population pratique l'islam, un contexte dans lequel l'enseignement coranique traditionnel, qui prévoyait historiquement une part d'endurance et d'humilité pour les enfants confiés à un maître, s'est, selon plusieurs témoignages recueillis par la presse malienne, éloigné de sa vocation initiale au profit d'une exploitation économique des enfants par la mendicité forcée.
Par ailleurs, selon UNICEF, plus de la moitié des 7,1 millions de personnes ayant besoin d'aide humanitaire au Mali en 2024 étaient des enfants, dans un contexte d'insécurité et de déplacements internes croissants dans le centre et le nord du pays, des facteurs qui, selon plusieurs études sur le phénomène, contribuent à la vulnérabilité des familles et à l'exposition des enfants à la mendicité de rue.
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