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Mali-Maroc : 21 accords signés, deux semaines après la normalisation avec Alger


Le Mali et le Maroc ont signé, le 24 juillet 2026 à Bamako, vingt-et-un accords de coopération à l'issue de la quatrième session ministérielle de leur Grande Commission mixte. Cette signature intervient à peine deux semaines après l'annonce, le 10 juillet, de la fin de quinze mois de rupture diplomatique entre Bamako et Alger, une coïncidence de calendrier qui éclaire les équilibres complexes de la diplomatie malienne dans la région.


Une crise avec l'Algérie refermée en juillet


Le contentieux algéro-malien trouvait son origine dans la destruction, dans la nuit du 31 mars au 1er avril 2025, d'un drone de reconnaissance malien à Tinzaouaten, dans la région de Kidal. Bamako avait dénoncé un acte d'agression, tandis qu'Alger revendiquait avoir abattu un appareil ayant violé son espace aérien. Face à l'absence de réponse jugée satisfaisante, le Mali avait saisi la Cour internationale de Justice en septembre 2025, dans un climat déjà dégradé depuis la dénonciation, en janvier 2024, de l'Accord d'Alger de 2015. Le 6 avril 2025, les trois pays de l'Alliance des États du Sahel (AES) avaient rappelé pour consultations l'ensemble de leurs ambassadeurs accrédités à Alger, affichant leur unité face à l'Algérie.

Cette unité de façade masquait toutefois des trajectoires bilatérales distinctes. Pendant que Bamako rompait avec Alger, le Niger intensifiait sa propre coopération algérienne, marquée par une visite officielle du président Abdourahamane Tiani en février 2026 et l'inauguration, en juin, d'une centrale électrique de 40 mégawatts financée par l'Algérie. Le Burkina Faso avait, de son côté, signé dès février 2026 plusieurs accords miniers, énergétiques et pétroliers avec Alger. Rien ne permet d'établir formellement un rôle de médiation de ces deux pays dans le dénouement du 10 juillet, mais la continuité de ces canaux bilatéraux a pu constituer un point d'appui discret à la normalisation malo-algérienne, finalement actée par le retour simultané des deux ambassadeurs et la réouverture des espaces aériens.


À Bamako, un partenariat marocain consolidé sur le plan politique


C'est dans ce contexte que s'est tenue, deux semaines plus tard, la session de coopération avec le Maroc. Sur le plan politique, le communiqué conjoint signé par les ministres des Affaires étrangères Abdoulaye Diop et Nasser Bourita ne laisse guère de place à l'ambiguïté : le Mali y réitère sa position « en faveur de l'intégrité territoriale et de la souveraineté du Royaume du Maroc sur l'ensemble de son territoire, y compris la région du Sahara », et apporte son soutien au Plan d'autonomie marocain, qualifié de « seule solution crédible et réaliste » à ce différend, conformément à la résolution 2797 adoptée le 31 octobre 2025 par le Conseil de sécurité des Nations unies. Une position qui tranche avec celle de l'Algérie, soutien historique du Front Polisario. En retour, le Maroc a salué la déclaration du gouvernement malien du 10 avril 2026 sur cette même question, adoptée trois mois avant la normalisation avec Alger.


Vingt-et-un accords, de l'énergie à l'éducation


Au-delà de ce volet politique, l'essentiel de la session s'est traduit par des engagements sectoriels concrets. Dans le domaine de l'énergie, le Maroc s'engage à soutenir le développement de nouvelles capacités électriques au Mali, à travers la fourniture, l'installation et la mise en service d'équipements pour une capacité installée de 20 mégawatts dans une première phase, complétée par un appui à l'énergie solaire fondé sur un transfert de compétences et de technologies. Sur le plan agricole, le Royaume réitère son engagement en faveur de la sécurité alimentaire malienne, notamment par la fourniture de fertilisants adaptés aux sols du pays.


Le secteur de la santé fait l'objet d'engagements détaillés : amélioration du plateau technique sanitaire national, incluant les infrastructures hospitalières ainsi que les centres d'hémodialyse et de radiothérapie et la lutte contre le diabète, envoi de missions d'experts marocains pour évaluer les sites retenus, et mise en place d'un partenariat entre l'Hôpital du Mali et l'Institut national d'oncologie du Maroc. Sur la mobilité, Bamako a salué la suspension par Rabat de l'Autorisation électronique de voyager pour les ressortissants maliens. En matière de coopération académique enfin, le nombre de bourses annuelles octroyées par le Maroc aux étudiants maliens a été porté à trois cents.


Ces engagements s'accompagnent d'un volet économique et commercial substantiel. Un premier Forum des affaires Mali-Maroc, coorganisé le 23 juillet entre la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) et la Chambre de commerce et d'industrie du Mali (CCIM), a permis d'identifier de nouveaux domaines de coopération entre opérateurs privés des deux pays. Une semaine économique du Mali au Maroc est d'ores et déjà programmée pour octobre 2026, tandis que les deux gouvernements ont salué l'initiative marocaine en faveur des pays les moins avancés d'Afrique, qui prévoit l'exonération totale des droits d'importation pour une liste de produits d'origine malienne.


Une diplomatie malienne à double vitesse


L'ampleur de ces accords, assortis, selon le communiqué, d'un mécanisme de suivi rigoureux, illustre la place prise par le partenariat marocain dans la stratégie diplomatique et économique de Bamako, à un moment où le Mali engagé dans une recomposition profonde de ses alliances régionales, cherche à diversifier ses partenaires et ses sources d'appui technique et financier.


Le communiqué évoque également le soutien apporté par le Maroc aux efforts en faveur de la levée de la suspension du Mali et des autres pays de l'AES au sein des instances de l'Union africaine, ainsi que l'Initiative royale visant à favoriser l'accès des pays du Sahel à l'Océan Atlantique, un projet qui concerne l'ensemble de la Confédération, y compris le Niger et le Burkina Faso, ces deux derniers ayant par ailleurs maintenu, sans interruption, leurs propres relations avec l'Algérie tout au long de la crise malo-algérienne.


Cette séquence rapprochée, normalisation avec Alger le 10 juillet, réaffirmation du soutien au Maroc sur la question du Sahara et signature de vingt-et-un accords le 24 juillet, illustre la complexité d'une diplomatie malienne conduite simultanément sur plusieurs fronts. Aucun élément public ne permet, à ce stade, de savoir si ces deux séquences ont fait l'objet d'un arbitrage concerté à Bamako, ni quelle a été, le cas échéant, la réaction d'Alger à la teneur du communiqué Mali-Maroc sur le Sahara occidental.


i-sahel

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