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Mali : pourquoi le retour des conteneurs vides inquiète tant le Conseil des Chargeurs

Le Conseil malien des Chargeurs somme les opérateurs de restituer leurs conteneurs vides avant le 31 août, sous peine de sanctions, un rappel qui s'inscrit dans une tension logistique aggravée par les attaques jihadistes visant les convois sur l'axe Dakar-Bamako, documentées par i-sahel.




Le Conseil malien des Chargeurs (CMC) a publié, le 5 août 2026, un communiqué appelant l'ensemble des opérateurs économiques détenant encore des conteneurs vides à procéder « sans délai » à leur retour vers les ports de transit, sous peine de sanctions à compter du 1er septembre.


Ce que dit le communiqué


Selon le texte, signé par le président du CMC, Kissima dit Bakissima Sylla, le non-retour des conteneurs vides dans les délais impartis est devenu « une préoccupation majeure » pour la chaîne logistique nationale et internationale. Le Conseil souligne trois conséquences directes de cette situation : une raréfaction critique des conteneurs vides disponibles au niveau des ports de transit et d'embarquement, des perturbations dans l'approvisionnement du Mali, et un risque de durcissement des conditions d'exploitation imposées aux opérateurs économiques maliens par les armateurs, à travers une hausse des cautions de garantie exigées.


Le communiqué invite en conséquence toute personne physique ou morale détenant encore des conteneurs vides à les restituer, conformément aux engagements contractuels et à la réglementation en vigueur. Certaines compagnies maritimes ont accepté d'accorder, à titre exceptionnel et de commun accord, des facilités jusqu'au 31 août 2026. Passé ce délai, aucune dérogation supplémentaire ne sera accordée et les détenteurs s'exposeront aux sanctions prévues par la réglementation.


Le rôle du Conseil malien des Chargeurs


Le CMC est un établissement public à caractère professionnel créé en 1999, chargé de défendre les intérêts des chargeurs maliens, importateurs, exportateurs et transitaires, tout au long de la chaîne d'approvisionnement du pays. Placé sous la tutelle du ministère des Transports et des Infrastructures, dirigé par Madina Sissoko Dembélé, le Conseil intervient notamment sur l'amélioration du passage portuaire, la réduction des délais et coûts de transit, ainsi que la limitation des surcharges facturées par les armateurs.


Cette mission est particulièrement sensible pour le Mali, pays enclavé dont l'essentiel des importations et exportations transite par les ports d'États voisins. Le port de Dakar constitue le principal corridor d'accès maritime, avec environ 60 % des flux commerciaux maliens, soit plus de 350 000 tonnes de marchandises par an et près de 1 000 camions circulant quotidiennement entre Dakar et Bamako, selon des chiffres de la Chambre de commerce et du CMC. Les ports d'Abidjan, de Conakry et de Lomé complètent ce dispositif logistique.


Un corridor Dakar-Bamako déjà sous forte pression


L'appel du CMC intervient alors que ce corridor, déterminant pour la disponibilité des conteneurs, traverse une période de fortes turbulences. Selon une analyse publiée par i-sahel le 1er août 2026, le Bulletin mensuel de l'Agence nationale de la statistique et de la démographie (ANSD) du Sénégal fait état d'un effondrement des exportations sénégalaises vers le Mali en mai 2026 : 40,8 milliards de FCFA, contre 87,3 milliards un an plus tôt, soit un recul de 53,3 % sur un an et de 44,9 % par rapport au seul mois d'avril. Les exportations de produits énergétiques et lubrifiants reculent de 51,4 % sur un an, celles de denrées alimentaires, boissons et tabacs chutent de 79,6 % en variation mensuelle.


Ce recul s'explique en grande partie par une campagne d'attaques menée depuis septembre 2025 par le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM) contre les convois de marchandises à destination de Bamako. Depuis le 1er mai 2026, l'Union des routiers du Sénégal (URS) a recensé onze camions sénégalais incendiés sur l'axe Dakar-Bamako, transportant notamment du fer, du maïs et des produits alimentaires. Le 22 mai, l'organisation a annoncé la suspension de ses convois commerciaux vers Bamako, son secrétaire général Gora Khouma appelant les chauffeurs encore engagés sur cet axe à rebrousser chemin ou à immobiliser leurs véhicules. Début mai, 830 camions-citernes avaient tout de même atteint Bamako sous escorte des FAMa et des paramilitaires russes de l'Africa Corps, selon la Direction générale du commerce et de la concurrence du Mali.


Le 28 juillet 2026, le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, reçu à Bamako par le général Assimi Goïta, avait présenté ses condoléances après la mort de plusieurs soldats maliens dans de récentes attaques et appelé à une réponse régionale unifiée face au terrorisme, déclarant que « les menaces ne connaissent pas de frontières et se renforcent avec nos divisions ».


Deux difficultés distinctes, un même corridor


Le communiqué du 5 août sur les conteneurs vides ne mentionne pas explicitement ces attaques sur l'axe Dakar-Bamako, et les deux problématiques ne doivent pas être confondues : l'une porte sur la restitution administrative de conteneurs déjà arrivés au Mali, l'autre sur la sécurité physique des convois circulant sur le corridor. Elles se recoupent néanmoins dans leurs effets : une perturbation du flux logistique dans un sens (marchandises entrantes ralenties par l'insécurité) comme dans l'autre (conteneurs vides non retournés vers les ports), avec un risque cumulé de tension sur l'approvisionnement du pays et de renchérissement des coûts logistiques supportés par les opérateurs maliens.


Début août 2026, le président du CMC s'est par ailleurs rendu au port autonome d'Abidjan, où il a été reçu par le directeur général de l'institution, Kassoum Traoré, pour évoquer les mesures destinées à faciliter le transit des marchandises maliennes via la Côte d'Ivoire, une démarche qui s'inscrit dans une diversification des corridors d'approvisionnement, alors que l'axe sénégalais traverse cette période de fragilisation.


Ce que ce communiqué ne précise pas


Le texte du 5 août ne fournit pas de chiffre sur le nombre de conteneurs vides actuellement non retournés, ni sur les sanctions concrètes encourues par les détenteurs après le 31 août. Il ne mentionne pas non plus les compagnies maritimes ayant accepté d'accorder des facilités transitoires, ni si cette raréfaction est liée, même partiellement, au ralentissement des flux sur le corridor Dakar-Bamako.


i-sahel

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