Niger : les revendications de l'État islamique au Sahel au regard des données de l'ONU
- Infos du Sahel

- il y a 5 jours
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Recensement des attaques revendiquées par l'EIS, croisé avec le rapport de l'ONU sur l'Etat islamique et les communiqués officiels du Niger, trois sources, trois lectures d'une même menace.

Entre le 28 août 2025 et le 23 juillet 2026, l'État islamique au Sahel (EIS) a revendiqué entre 35 et 40 actions offensives au Niger, selon un recensement réalisé par i-Sahel à partir des communiqués hebdomadaires de la revue Al-Naba.
Le décompte comprend environ 12 embuscades contre des patrouilles et convois de l'armée, une dizaine d'assauts contre des camps et postes militaires, plusieurs attaques à l'engin explosif improvisé sur des axes routiers de la région de Tahoua, ainsi que des assassinats ciblés de responsables civils et militaires.
Parmi les épisodes les plus meurtriers revendiqués figure une embuscade près de Tillabéri, à laquelle l'EIS attribue 17 morts dans les rangs de l'armée, selon le numéro 513 d'Al-Naba. Le numéro 527 revendique une attaque menée en plein jour contre une patrouille de la Garde nationale près de Dosso.
Le numéro 533 présente par ailleurs une opération contre l'aéroport international de Niamey et la base aérienne 101, préparée selon l'organisation durant plusieurs semaines : les assaillants seraient restés environ deux heures et demie sur place et auraient détruit six drones et un hélicoptère.
Le récit officiel de l'attaque de l'aéroport
Les autorités nigériennes ont communiqué séparément sur cet aéroport, cible de deux attaques en moins de six mois. La première, survenue dans la nuit du 28 au 29 janvier 2026, avait visé la base militaire logée sur le site, un lieu jugé d'autant plus sensible qu'il abriterait, selon certaines sources, d'importantes quantités d'uranium liées au différend opposant Niamey au groupe français Orano. La seconde, le 18 juin, a été revendiquée par le JNIM : le ministère nigérien de la Défense a fait état de 11 soldats et 2 civils tués, ainsi que de 22 assaillants neutralisés.
D'autres bilans officiels illustrent l'intensité des combats durant l'été 2026. Le 17 juillet, le ministère de la Défense a annoncé 16 militaires tués et 23 blessés lors d'une attaque sur l'axe Bankilaré-Téra, région de Tillabéri, revendiquant en retour 15 assaillants neutralisés, un bilan que des sources sécuritaires citées par RFI ont porté à au moins 47 militaires tués et plus de 50 blessés. Le 31 juillet, une attaque contre une position de la Garde nationale à N'Guigmi, région de Diffa, suivie d'une embuscade contre des renforts, a fait au moins 17 morts parmi les forces de défense et de sécurité, selon des sources sécuritaires citées par la presse régionale.
Sur le registre offensif, le Centre intégré de coordination des opérations (CICO) a annoncé, pour la période mi-juin/début juillet 2026, 72 « mercenaires neutralisés » en deux semaines, dont 41 lors d'une seule opération, avec saisie de mitrailleuses de 12,7 mm, de roquettes RPG-7 et de fusils d'assaut. Le CICO qualifiait alors la situation de « globalement sous contrôle ».
Ce qu'ajoute le rapport de l'ONU
Le rapport du Secrétaire général de l'ONU sur la menace de l'Etat islamique, publié le 31 juillet 2026, désigne le groupe sous son appellation d'État islamique du Grand Sahara (EIGS) (aujourd'hui EIS) et estime ses effectifs à environ 2 000 membres. Il le considère comme une menace croissante au Sahel, avec des capacités opérationnelles considérablement renforcées.
Le document souligne l'importance du Niger dans l'activité du groupe : 75 % des attaques revendiquées par l'EIS en 2026 y ont été perpétrées, ce qui en fait sa principale zone d'opérations. Il cite l'attaque du 29 janvier contre l'aéroport de Niamey comme démonstration de sa capacité à conduire des opérations complexes en milieu urbain.
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La compilation d'i-Sahel relève également une offensive contre les bases d'Inatès et de Banibangou, dans la région de Tillabéri, où l'EIS revendique 80 soldats tués et 65 véhicules détruits ou saisis, une opération présentée comme marquant l'ouverture de l'année hégirienne 1448, soit fin juin ou début juillet 2026. En additionnant les bilans chiffrés publiés dans Al-Naba, i-Sahel évalue à plus de 200 le nombre de soldats et miliciens dont la mort est revendiquée par l'EIS sur les onze mois étudiés.
Le JNIM également actif à Tillabéri
L'activité jihadiste au Niger ne se limite pas à l'EIS. Selon un autre recensement cité par i-Sahel, le JNIM a revendiqué 10 opérations en dix semaines, entre le 13 mars et le 23 mai 2026, dans la seule région de Tillabéri, c'est également ce groupe que les autorités nigériennes ont désigné comme responsable de l'attaque du 18 juin contre l'aéroport de Niamey.
Le rapport de l'ONU ne fournit pas de décompte comparable pour le JNIM au Niger, mais confirme la préoccupation régionale liée aux déplacements transfrontaliers de ses membres. En janvier 2026, le Bureau de lutte contre le terrorisme de l'ONU, avec l'UNITAR et INTERPOL, a lancé une initiative de douze mois associant le Bénin, le Burkina Faso, le Niger et le Togo pour renforcer la sécurité aux frontières et l'échange d'informations, avec des systèmes de surveillance à plusieurs niveaux, des dispositifs biométriques et des mécanismes d'échange interopérables.
Un cadre de coopération régionale
Le Niger est aussi engagé dans l'opération KAFO VI, qui a réuni le Bénin, le Burkina Faso, le Ghana, le Mali, le Niger et le Togo pour renforcer la lutte contre le trafic d'armes lié à des groupes comme l'ISWAP et l'EIGS. Selon le rapport de l'ONU, cette opération a permis de former plus de 1 700 agents et d'aboutir à des saisies d'armes, munitions, explosifs et stupéfiants d'une valeur supérieure à 20 millions de dollars.
Au Mali, l'ONU indique que l'EIS concentre ses attaques dans les régions de Gao et de Ménaka, tout en étendant sa présence au nord-ouest du Nigeria.
i-sahel




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