Nigeria : Abu Musa Al-Mangawi désigné comme le chef de l’ISWAP le plus recherché dans le lac Tchad
- Infos du Sahel

- il y a 5 jours
- 5 min de lecture
L’armée nigériane a lancé une nouvelle campagne de recherche contre plusieurs responsables présumés de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (ISWAP) dans l’État de Borno. Des affiches diffusées par l’opération HADIN KAI présentent 38 personnes décrites comme des membres et commandants connus de l’organisation opérant dans le bassin du lac Tchad.

L’affiche principale, intitulée « We know them. You can stop them » (« Nous les connaissons. Vous pouvez les arrêter »), rassemble 38 portraits numérotés de 1 à 38. Un homme est placé au centre, sous le numéro 1, avec le statut de cible de haute valeur et la mention « extrêmement dangereux ».
Son identité n’est pas inscrite directement sur l’affiche. Mais plusieurs éléments permettent de penser qu’il s’agit d’Abu Musa Al-Mangawi Baa Shuwa, présenté par l’armée nigériane comme le Wali de l’ISWAP et le dirigeant de l’organisation le plus recherché dans le bassin du lac Tchad.
Des affiches publiées avec le communiqué militaire

Un élément est particulièrement important : les affiches ont été publiées en accompagnement du communiqué de l’opération HADIN KAI daté du 5 août 2026.
Dans ce communiqué, l’armée nigériane affirme que les récentes opérations contre l’ISWAP/ISIS dans la région du lac Tchad ont permis aux troupes de récupérer plusieurs équipements techniques et matériels contenant des informations jugées de grande valeur.
HADIN KAI explique notamment que ses forces ont récupéré une caméra utilisée par l’ISWAP pour enregistrer des vidéos de propagande et documenter ses activités opérationnelles. L’exploitation forensique de ce matériel aurait permis d'obtenir des informations sur des lieux associés aux activités du groupe ainsi que sur l’identité de plusieurs de ses dirigeants.
Les informations recueillies concerneraient notamment le secteur Mangari-Metele-Dogon Chukun, le long des rives du lac Tchad, dans les zones de gouvernement local d’Abadam et de Kukawa, dans l’État de Borno.
Le communiqué cite explicitement Abu Musa Al-Mangawi Baa Shuwa, présenté comme le Wali d’ISWAP. HADIN KAI affirme vouloir attirer particulièrement l’attention du public sur lui et le présente comme le dirigeant terroriste le plus recherché opérant dans le bassin du lac Tchad.
Le même communiqué cite également Muhammad Jidda, présenté comme le vice-gouverneur d’Al-Mangawi et Amirul Jaish, ainsi que Hamad Abu Hanifa, présenté comme l’Amirul-Fiya d’ISWAP.
Le portrait n°1 serait celui d’Al-Mangawi
Le rapprochement entre le communiqué et les affiches est particulièrement significatif.
Alors que le communiqué désigne Al-Mangawi comme le principal responsable recherché, l’affiche principale place au centre, sous le numéro 1, un homme présenté comme une « cible de haute valeur » et comme « extrêmement dangereux ».
Le nom d’Al-Mangawi ne figure pas directement sous ce portrait. Toutefois, la combinaison de ces éléments, publication conjointe, position centrale du portrait n°1, statut de cible prioritaire et désignation d’Al-Mangawi comme le dirigeant le plus recherché, constitue un faisceau d’indices fort en faveur de cette identification.
Tout porte ainsi à croire que l’homme représenté au centre de l’affiche est Abu Musa Al-Mangawi Baa Shuwa.
Muhammad Jidda et Ibn Muhammad également recherchés

Une affiche distincte cible précisément Muhammad Jidda, également désigné sous le surnom « Mai Hanu Daya », traduit dans la version arabe par « celui qui n’a qu’une main ».
Il y est présenté comme un commandant de l’ISWAP et comme Amir al-Jaish, avec une récompense annoncée de 10 millions de nairas pour toute information conduisant à son arrestation.
Une autre affiche concerne Ibn Muhammad. Elle le présente comme un commandant de l’ISWAP appartenant à l’Amniyat, l’appareil de sécurité du groupe, et comme responsable des opérations de l’organisation. Une récompense de 50 millions de nairas est annoncée pour toute information permettant son arrestation.
Une organisation issue de la scission de Boko Haram
La campagne actuelle s’inscrit dans une histoire marquée par une profonde rupture au sein de l’insurrection jihadiste née autour de Boko Haram.
En mars 2015, Abubakar Shekau, alors à la tête de Boko Haram, prête allégeance à l’État islamique. En août 2016, la direction centrale de l’État islamique écarte Shekau et désigne Abu Musab al-Barnawi, de son vrai nom Habib Yusuf, fils du fondateur de Boko Haram, Mohammed Yusuf, comme nouveau dirigeant de la province.
Cette décision provoque une rupture entre les deux factions.
Shekau conserve ses partisans au sein de la faction généralement désignée sous le nom de Jama'atu Ahlis Sunna Lidda'awati wal-Jihad (JAS), tandis que la faction reconnue par l’État islamique poursuit ses activités sous l’appellation ISWAP.
Les deux groupes deviennent ensuite rivaux et s’affrontent notamment dans le bassin du lac Tchad et la forêt de Sambisa.
De Barnawi à la structure actuelle de l’ISWAP
Abu Musab al-Barnawi dirige l’ISWAP jusqu’en 2019, lorsqu’il est remplacé par Abu Abdullahi Umar al-Barnawi, également connu sous le nom de Ba Idrisa. Celui-ci est ensuite écarté et remplacé par Lawan Abubakar, dit Ba Lawan.
La question du commandement évolue encore après 2021, avec un rôle accru du conseil de la Choura et de l’Amirul Jaish, le commandant militaire.
La trajectoire du commandement de l’ISWAP demeure difficile à établir avec certitude. Les changements de dirigeants sont rarement annoncés publiquement et les informations relatives à la mort ou à la promotion de certains cadres peuvent rester longtemps contradictoires.
La mort de Shekau, un tournant
En mai 2021, l’ISWAP lance une offensive contre la faction de Shekau dans la forêt de Sambisa. Abubakar Shekau se donne la mort après avoir été encerclé par des combattants de l’ISWAP.
Cette confrontation constitue l’un des épisodes majeurs de la rivalité entre les deux branches issues de la scission de 2016.
Abu Musab al-Barnawi est alors associé à la direction de l’ISWAP et à la campagne contre les forces de Shekau. Sa situation ultérieure demeure cependant difficile à établir avec certitude. Des informations ont fait état de sa mort à différentes reprises, tandis que d’autres sources ont évoqué une éventuelle promotion à des responsabilités au sein de la structure plus large de l’État islamique.
Cette incertitude illustre la difficulté à suivre l’évolution du commandement de l’ISWAP, dont la structure a régulièrement été réorganisée et dont les dirigeants sont rarement exposés publiquement.
Al-Mangawi, nouveau visage de la traque nigériane
C’est dans ce contexte que le nom d’Abu Musa Al-Mangawi Baa Shuwa apparaît dans la communication actuelle de l’armée nigériane.
HADIN KAI le présente comme le Wali d’ISWAP et comme le dirigeant le plus recherché de l’organisation dans le bassin du lac Tchad.
La publication simultanée du communiqué et des affiches donne un relief particulier au portrait numéro 1. Si l’armée ne l’identifie pas explicitement sous la photographie, la place qui lui est accordée et les qualificatifs employés correspondent aux informations données dans le communiqué au sujet d’Al-Mangawi.
L’homme placé au centre de l’affiche apparaît donc très probablement comme Abu Musa Al-Mangawi Baa Shuwa, faisant de ce portrait le principal élément visuel de la nouvelle campagne de HADIN KAI contre l’ISWAP.
Une campagne qui combine renseignement et mobilisation de la population
La campagne actuelle combine plusieurs instruments : exploitation du renseignement recueilli sur le terrain, identification de responsables présumés, diffusion de leurs portraits, récompenses financières et appel à la population.
Une autre affiche adopte précisément ce dernier registre. Elle oppose le « chemin de la destruction », associé à la mort, à la douleur et à la perte, au « choix de la vie », associé à la paix et à un avenir meilleur.
Son message central est : « Rends-toi pour sauver ta vie. »
La diffusion de ces affiches marque ainsi une nouvelle étape dans la campagne nigériane contre l’ISWAP dans le bassin du lac Tchad : après les opérations militaires et l’exploitation du matériel récupéré, l’armée cherche désormais à transformer les informations obtenues en identifications exploitables et en renseignements fournis par les populations locales.
i-sahel




Commentaires