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Propos de Tinubu sur l'AES : quelle portée pour le rapprochement en cours ?

Le 30 juillet 2026, le président nigérian Bola Ahmed Tinubu a déclaré, lors d'une rencontre avec des chefs traditionnels à Abuja, que l'insécurité au Mali, au Burkina Faso et au Niger aggravait les difficultés sécuritaires du Nigeria. Une semaine plus tard, le 6 août, les trois pays de l'AES ont exprimé leur « profond regret » face à ces propos — dans un contexte où la diplomatie et l'armée nigérianes plaidaient, ces dernières semaines, pour un rapprochement avec l'Alliance.



Le 30 juillet, au palais présidentiel d'Abuja, Bola Ahmed Tinubu a affirmé devant des chefs traditionnels nigérians que l'insécurité chez ses voisins sahéliens aggravait les difficultés sécuritaires du Nigeria, ajoutant que certains groupes criminels actifs sur le territoire nigérian n'étaient pas d'origine nigériane. « Certains d'entre eux [les terroristes] ne sont pas Nigérians. Le problème de l'insécurité au Mali, au Burkina Faso et au Niger République ajoute davantage de difficultés à nos propres défis », a-t-il déclaré, appelant par ailleurs les communautés locales à davantage de vigilance et à signaler les personnes suspectes.


Le 6 août, à Ouagadougou, le ministre burkinabè des Affaires étrangères, Karamoko Jean-Marie Traoré, a reçu le chargé d'affaires de l'ambassade du Nigéria, en présence des chargés d'affaires du Mali et du Niger.


Au nom des trois pays de l'AES, il a exprimé un « profond regret » face aux propos du président Tinubu, qu'il a qualifiés d'analyse « rapide, très simpliste et surprenante ». Il a rappelé les sacrifices des forces armées des trois pays dans la lutte contre le terrorisme, et souligné que l'AES s'était toujours abstenue d'accuser publiquement le Nigeria, malgré des liens documentés entre Boko Haram et certains groupes actifs au Sahel.


En réponse, le chargé d'affaires nigérian a indiqué avoir pris note du message et s'est engagé à le transmettre à Abuja, tout en reconnaissant les efforts des pays de l'AES dans la lutte antiterroriste, citant notamment le rôle du Niger dans la prévention d'attaques contre le Nigeria.


Cette séquence intervient après plusieurs semaines où d'autres responsables nigérians avaient tenu un discours différent. Le 15 juillet à Freetown, lors du Conseil de médiation et de sécurité de la CEDEAO, le ministre d'État nigérian aux Affaires étrangères, Sola Enikanolaiye, avait appelé à des « mécanismes innovants » de dialogue avec l'AES et la Guinée.


Le 19 juillet à Lungi, le sommet de la CEDEAO avait appelé à un « approfondissement du dialogue » avec l'AES, tout en prolongeant le mandat du négociateur en chef Lansana Kouyaté jusqu'en décembre 2026 et en maintenant le principe d'un dialogue avec l'AES comme bloc unique.


Le 4 août à Cotonou, quatre jours après la sortie de Tinubu, le ministre nigérian de la Défense, le général Christopher Musa, avait pour sa part appelé la CEDEAO et l'AES « à travailler ensemble pour vaincre le terrorisme », estimant que les menaces sécuritaires « ne reconnaissent ni ne respectent les frontières nationales ».


Le vingt-deuxième rapport du Secrétaire général des Nations unies sur la menace de l'État islamique (S/2026/57), publié en février 2026, indique de son côté que le Sahel central et le Nigeria comptent parmi les zones les plus touchées par l'expansion jihadiste.


Le JNIM y est décrit comme le groupe dominant dans les zones frontalières entre le Burkina Faso, le Mali et le Niger, tandis que l'ISWAP a consolidé ses positions dans le centre et le nord de l'État nigérian de Borno. Le rapport appelle à des « réponses unifiées, cohérentes et conjointes » de la part des États de la région.


i-sahel

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