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À Luanda, les États-Unis misent sur le renseignement partagé et les solutions « low-cost » face aux menaces transfrontalières



Réuni à Luanda pour la Conférence des chefs d'état-major africains 2026, le commandement américain pour l'Afrique (AFRICOM) a dressé le bilan de trois jours d'échanges avec les représentants militaires de 35 pays africains, ainsi que des États-Unis et du Brésil. Le général Dagvin RM Anderson, à la tête d'AFRICOM, en a détaillé les grandes lignes lors d'un point de presse numérique organisé par le Centre régional des médias pour l'Afrique du département d'État américain. Plusieurs enseignements concernent directement la bande sahélienne, confrontée à des dynamiques similaires de terrorisme transnational, de trafics et de contraintes budgétaires.


Le bassin du lac Tchad, vitrine d'un modèle de coopération


Le général Anderson a longuement évoqué le partenariat noué avec le Nigeria dans le bassin du lac Tchad, présenté comme un exemple de coopération n'impliquant pas une présence militaire américaine durable. En misant sur l'intégration du renseignement et un appui ciblé, les forces nigérianes sont parvenues, selon lui, à affaiblir sensiblement la direction locale de l'État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP), notamment en neutralisant une figure clé de ses opérations internationales. Washington aurait depuis retiré l'essentiel des moyens déployés pour cette opération, tout en maintenant l'appui au partage de renseignement à la demande d'Abuja. Le commandant américain a également souligné que cet affaiblissement du réseau régional avait, selon lui, favorisé de nouvelles défections de combattants dans le nord-est du Nigeria — un phénomène suivi de près par les pays voisins du Sahel, où la porosité des frontières facilite les mouvements de combattants entre bassins de crise.


Une menace jugée interconnectée à l'échelle du continent


Interrogé sur la Corne de l'Afrique, le général Anderson a insisté sur le caractère interdépendant des crises africaines : il estime qu'une opération menée au Nigeria peut avoir des répercussions sur la menace terroriste en Somalie ou au Mozambique, les filiales locales de groupes comme l'État islamique restant reliées à un réseau mondial. Ce raisonnement, appliqué au Sahel, rejoint les inquiétudes régulièrement exprimées par les États sahéliens sur les connexions entre groupes armés du bassin du lac Tchad, du Sahel central et de la façade atlantique.


Trafics transatlantiques : une coordination revendiquée


Le commandant a cité la saisie record de 31 tonnes de cocaïne, interceptées par un navire espagnol au large des côtes ouest-africaines après une coordination entre AFRICOM et des agences interministérielles américaines. Il en a tiré un plaidoyer plus large pour le renforcement du partage d'informations maritimes, dans la continuité de l'accord de Yaoundé, afin de lutter contre la pêche illégale, la contrebande et les mouvements illicites — des enjeux qui concernent aussi les pays sahéliens sans façade maritime, via les routes de transit reliant le Sahel au littoral atlantique.


Drones et solutions abordables : une réponse aux contraintes budgétaires


Face à une question sur les budgets de défense limités de nombreux pays africains, le général Anderson a mis en avant les technologies commerciales à bas coût, en particulier les drones, dont l'efficacité aurait été démontrée en Ukraine. Il a cité la participation de l'entreprise nigériane Terra Industries à la conférence, dont le dirigeant a présenté des pistes pour concevoir des drones adaptés au climat africain. Le général a toutefois nuancé : au-delà de l'appareil lui-même, l'efficacité dépend du logiciel, des réseaux de communication, du renseignement associé et d'une véritable culture d'emploi — des investissements en formation plus qu'en matériel coûteux, un message qui résonne pour des armées sahéliennes aux moyens contraints.


Un format renouvelé, entre sécurité et économie


La conférence de Luanda a rassemblé, outre les chefs d'état-major, des représentants du département du Commerce, de la Development Finance Corporation, du département d'État et du secteur privé, dans une logique explicite de lier sécurité et opportunités économiques. Le général Anderson a défendu une approche fondée sur « l'intérêt mutuel » plutôt que sur la compétition géopolitique entre puissances, en réponse à une question sur le risque que les partenariats de sécurité américains soient perçus comme dictés par la rivalité avec d'autres acteurs internationaux présents sur le continent.


Somalie : une intensification des frappes assumée


Interrogé sur la hausse du nombre de frappes signalées en Somalie en 2026, le général Anderson l'a attribuée à la capacité accrue des forces partenaires somaliennes, notamment depuis le Puntland, à maintenir la pression sur les combattants de l'État islamique repoussés dans une zone montagneuse restreinte, les États-Unis se concentrant sur l'appui logistique, le renseignement et des frappes ciblées menées conjointement.


I-Sahel

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