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Guinée : les mesures contre l’orpaillage à Siguiri répondent-elles aussi à la menace du JNIM ?

il y a 6 minutes
4 min de lecture

La Guinée interdit l’orpaillage anarchique à Siguiri et limoge 479 chefs locaux. Au même moment, le JNIM s’installe dans le sud-ouest du Mali voisin et la justice guinéenne a déjà inculpé des suspects liés à ce groupe. C’est à se demander si ces mesures ne visent pas aussi à prévenir son implantation ?




La Guinée a engagé à Siguiri, sa principale région aurifère, une offensive d’ampleur contre l’orpaillage illégal, marquée par l'interdiction totale de l’exploitation anarchique de l’or, le déploiement permanent des forces de sécurité alors que 479 présidents de districts et de quartiers ont été limogés et des milliers d’orpailleurs étrangers poussés vers le Mali.


Les autorités invoquent la protection de l’environnement et le respect de la réglementation minière. Mais ces décisions interviennent alors que le JNIM s’installe dans le sud-ouest du Mali, de l’autre côté de la frontière, et que la justice guinéenne a déjà inculpé des suspects liés à ce groupe. Ces mesures répondent-elles aussi à la crainte d’une implantation jihadiste sur le territoire guinéen ?


Ce que Conakry a décidé


Un communiqué conjoint de cinq ministres, daté du 2 novembre 2026, interdit totalement l’exploitation anarchique de l’or dans la région de Siguiri. Il annonce un déploiement permanent de l’armée, de la gendarmerie, de la police, des douanes et des conservateurs de la nature. Il prévoit des contrôles routiers et fluviaux ainsi que des vérifications d’identité et de régularité du séjour. Les étrangers en situation irrégulière « feront l’objet de procédures prévues par la loi ».


Ce dispositif s’est traduit dès le lendemain par des sanctions administratives. Le 3 novembre, une décision de la ministre de l’Administration du territoire limoge 479 présidents de districts et de quartiers de la région. Elle leur reproche d’avoir favorisé l’orpaillage illégal et la dégradation de l’environnement, et d’avoir « hébergé et employé des étrangers en situation irrégulière ». Selon une source guinéenne d’i-Sahel, 22 administrateurs ont aussi été radiés par décret. Guinee360 rapporte également cette radiation.


Un effet immédiat au Mali et au Burkina


Ces décisions ont eu des conséquences au-delà de la frontière. La fermeture de sites a poussé des orpailleurs étrangers à partir. Selon Guinee360, le Centre malien de coordination et de gestion des crises (CECOGEC) signale un afflux de ressortissants de plusieurs nationalités vers Bamako, qu’il relie aux mesures guinéennes. D’après l’AIB, le Burkina Faso organise le retour de plusieurs milliers de ses ressortissants, avec une délégation attendue au Mali le 4 novembre.


Le JNIM aux portes de la Guinée, selon l’étude de la KAS


Ce mouvement de population se produit dans une zone que les chercheurs jugent de plus en plus exposée. Dans son article du 28 octobre, i-Sahel a présenté une étude de 79 pages de la fondation Konrad-Adenauer, « Aux portes de la Guinée », fondée sur 68 entretiens menés en juin et juillet 2026. Selon elle, le JNIM a adopté en 2018 un plan d’expansion vers les pays du golfe de Guinée et a bâti un dispositif durable dans les régions de Sikasso, Bougouni et Koulikoro. Depuis 2025, il impose une régulation visible, avec une zakat sur l’or, le bétail et les récoltes.


L’or est au cœur de cette installation. Le groupe ne contrôle pas directement les sites d’orpaillage, mais traite avec les villages et les associations qui les gèrent. Il prélèverait 10 % de l’or de chaque orpailleur et parfois jusqu’à 50 % des gains de ces associations. La frontière d’environ 858 km avec la Guinée est décrite comme poreuse.


Qu’en est-il alors du côté guinéen ? Les auteurs restent prudents. Aucun incident impliquant le JNIM n’a été signalé en Guinée. Ils font toutefois état d’une présence dans des zones forestières et fluviales à la frontière, et d’activités d’implantation à Niagassola (Siguiri) depuis 2023, selon un membre des forces guinéennes. Ils concluent à des indices d’infiltration, sans contrôle territorial ni front structuré. Kankan, Siguiri et Mandiana sont les régions jugées les plus exposées.


Des inculpations liées au terrorisme en Guinée


Cette analyse rejoint des faits judiciaires que Conakry a lui-même rendus publics. Selon un communiqué du Parquet général de Conakry en mars 2026, la justice a interpellé et inculpé plusieurs individus soupçonnés d’appartenir à des réseaux terroristes. Les enquêtes ont conduit en avril 2025 à l’arrestation de onze personnes dans les préfectures de Siguiri, Mandiana et Kankan, dont sept Maliens, deux Nigériens, un Burkinabè et un Guinéen.


Parmi elles, un ressortissant malien a été interpellé à Kankan pour appartenance présumée à une cellule dormante affiliée au GSIM, acronyme français du JNIM. Selon le parquet, il est lié à l’organisation et à des réseaux de radicalisation en ligne. Il aurait reconnu avoir participé à une opération de libération d’otages contre rançon, qui contribuait au financement d’activités terroristes.


Les autorités affirment aussi avoir identifié plusieurs groupes de messagerie liés au GSIM, de plus de 500 membres, dont une quarantaine de Guinéens. Deux d’entre eux ont été arrêtés, à Siguiri et à Conakry. Tous les suspects ont été inculpés et placés en détention pour complicité de terrorisme, association de malfaiteurs et financement du terrorisme.


Le Parquet général a appelé à la vigilance et réaffirmé que la lutte contre le terrorisme est « une priorité nationale absolue ». Les procédures sont en cours, et les suspects bénéficient de la présomption d’innocence.


i-Sahel

 
 
 

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