Kidal : deux jours après la reprise, la guerre des récits se poursuit
Deux jours après l'entrée des forces loyalistes à Kidal, l'armée malienne parle de « consolidation » et d'un retour de l'État « en perspective », Africa Corps publie des images de nettoyage, de distribution de vivres et du drapeau sur le fort, et le FLA évoque un retrait choisi. Chaque camp raconte la suite à sa manière.

Depuis l'entrée des forces loyalistes à Kidal le mercredi 7 octobre, les publications de l'armée malienne, d'Africa Corps et du FLA se succèdent. Elles dessinent des récits différents.
Bamako : « le travail ne fait que commencer »
Le jeudi 8 octobre, le commandant du théâtre Est de l'opération Dougoukoloko, le colonel-major Karim Traoré, a effectué une « visite d'autorité » au secteur 2, qui correspond à Kidal. Selon le compte rendu de l'armée, elle visait à « s'imprégner du dispositif opérationnel » dans le cadre de la « consolidation » de la présence des FAMa à Kidal et dans la région.

L'armée présente cette visite comme « une étape importante en perspective du retour total de l'administration et de l'autorité de l'État dans la région ». Le colonel-major a félicité les unités, avec à leur tête le colonel Attaher A. Maïga, commandant du secteur 2, tout en insistant sur la vigilance. « Le travail ne fait que commencer », a-t-il déclaré. Il s'est entretenu avec « le responsable des partenaires russes » et a visité les installations du camp.
Le même jour, l'état-major général des armées a publié un communiqué sur la poursuite de l'offensive sur le théâtre Est. Il indique que des opérations aéroterrestres ont ciblé plusieurs positions de groupes armés terroristes. À 18 kilomètres au nord-est de Takalot, un véhicule dissimulé et chargé de matériel de guerre aurait été « frappé et entièrement détruit ». Dans la zone de Talhandak, un « point logistique majeur » aurait été ciblé et « traité avec succès ».
Le communiqué ne donne aucun bilan. L'état-major précise que les opérations de surveillance se poursuivent pour « évaluer avec précision les effets des frappes » et « établir un bilan consolidé ».
Africa Corps soigne ses images
Sur ses canaux, la structure russe affirme que des soldats des FAMa et d'Africa Corps ont mené le 7 octobre des opérations de nettoyage dans le sud de Kidal. Selon elle, des habitants ont rapporté que « les terroristes avaient fui la ville à la hâte ».
Une autre publication décrit l'approche de la ville. Une reconnaissance active aurait permis d'identifier plusieurs emplacements d'embuscade, destinés selon Africa Corps à retarder les forces alliées pendant que « les principales forces de la coalition terroriste FLA et JNIM se retiraient de Kidal ». Des frappes aériennes y auraient été menées.
Une troisième affirme que des entrepôts et des dépôts de carburant, repérés avant l'assaut, ont été détruits par des drones, ce qui aurait limité la mobilité de l'adversaire.

Africa Corps diffuse aussi des images de ses soldats partageant eau et nourriture avec des habitants, et posant avec des enfants maliens. Une autre publication montre le drapeau du Mali sur le fort de Kidal, ancienne forteresse construite à l'époque coloniale. Le texte y voit « le retour de l'État malien » dans une région qui, « ces six derniers mois, était sous l'emprise de groupes terroristes islamistes ».
Ces publications évoquent elles-mêmes un retrait des principales forces du FLA et du JNIM, ce que le mouvement affirme également.
La polémique sur les adolescents
Des photos d'adolescents en tenue militaire, prises à Kidal devant le fort, ont suscité des critiques côté indépendantiste. Une chaîne Telegram russophone, Departamente, rapporte qu'un séparatiste y voit la preuve que « le Mali ne connaît plus de limites » et décrit un enfant armé d'un fusil d'assaut.
La chaîne conteste cette lecture. Elle affirme que l'adolescent ne tient aucune arme, que les jeunes partisans des formations proloyalistes n'ont pas pris part aux combats et qu'il est originaire de Kidal. Elle suggère qu'un proche engagé dans le GATIA l'a emmené pour le ramener chez lui. Elle reproche en retour aux indépendantistes d'avoir envoyé de plus jeunes enfants à l'assaut d'Anéfis en juillet, et rappelle que trois adolescents ont été tués en mars par une mine qu'elle attribue aux combattants.
Le FLA contre-attaque
Le même mercredi, le porte-parole du FLA, Mohamed Elmaouloud Ramadane, a multiplié les messages sur les réseaux sociaux. En plus de ceux que nous avons déjà rapportés, il a répondu à un média malien qu'il accuse d'avoir présenté des images de la guerre au Yémen, tournées selon lui par les Houthis, comme des images de Kidal.

Il affirme que des logos ont été masqués et le son supprimé. Il ajoute que le FLA, lors de son retrait, « n'a pas perdu le moindre poulet ». Il emploie par ailleurs des termes insultants à l'égard des partisans de la junte.
Le jeudi 8 octobre, il a réagi implicitement aux informations selon lesquelles l'Algérie aurait demandé aux rebelles et au JNIM de se retirer de Kidal. Il écrit que la décision de retrait « relève d'un choix strictement stratégique et opérationnel » et qu'elle ne résulte d'« aucune influence ni pression extérieure, contrairement à ce que certains médias et experts internationaux cherchent à faire croire ».
Le même jour, un message en arabe affirme que « bataille après bataille, et une intervention militaire étrangère après l'autre », la cause azawadie dépasse son cadre local pour prendre des dimensions régionales et internationales. Elle ne serait plus « une affaire interne que l'on pourrait contenir par la force », et ses racines politiques et historiques, comme les aspirations de son peuple à une solution « juste et durable », ne pourraient être ignorées.
De son côté, le JNIM a cette fois opté pour le silence. Le groupe, qui avait pris la parole après les attaques du 25 avril, n'a publié jusqu'à présent aucun communiqué sur Kidal. Il continue en revanche de revendiquer des actions ailleurs au Mali, avec un nouvel habillage pour ses revendications.
i-Sahel suit la situation à Kidal depuis les premiers mouvements de troupes. Notre dossier se lit dans l'ordre suivant.
Dans « Mali : Kidal, s'achemine-t-on vers la mère des batailles ? », publié sur i-Sahel Plus, nous décrivions les convois blindés à Anéfis, les frappes dans la région et le rapprochement de l'armée malienne et d'Africa Corps de la ville perdue le 25 avril. Nous évoquions alors l'enjeu d'une bataille décisive, entre la revanche affichée à Bamako et la défense annoncée du côté du FLA.
Dans « Kidal : le FLA se replie, l'armée malienne s'installe », nous rapportions l'annonce par le FLA d'un « repli stratégique et maîtrisé » de la ville, et la prise de contrôle de Kidal par l'armée malienne et ses partenaires russes, selon plusieurs sources que nous avions contactées. Au moment de la publication, ni l'armée, ni le gouvernement, ni Africa Corps n'avaient communiqué.
Dans « Kidal change de mains, le vocabulaire reste », nous comparions les mots choisis par chaque camp, comme en avril, avec un « repli stratégique » côté FLA et une « consolidation » côté Bamako. Nous relevions aussi la présence de membres du MSA et du GATIA aux côtés de l'armée.
Dans « Kidal : la reprise racontée par ceux qui l'ont menée », nous détaillions les versions d'Africa Corps, du gouvernement, de l'état-major et du Centre d'information gouvernementale du Mali, ainsi que la réponse du porte-parole du FLA et ses messages successifs.
i-Sahel






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