Mali : sur Tabrichat, le JNIM dit ne pas avoir donné l’ordre mais ne punira pas ses combattants
Dans une réponse du 30 septembre à Human Rights Watch, le Comité chariatique du JNIM écrit que le meurtre de prisonniers à Tabrichat « a bien eu lieu », mais que le groupe n’en a pas donné l’ordre. Il affirme que l’acte ne viole pas sa charia au point de justifier des poursuites contre ses combattants. L’organisation de défense des droits humains l’avait interrogé sur des violations présumées commises entre janvier et septembre 2026 au Mali et au Burkina Faso.

Le 18 juillet, des combattants du JNIM et du FLA ont attaqué un convoi de l’armée malienne et de l’Africa Corps près de Tabrichat, dans la région de Gao. Selon HRW, au moins 19 soldats maliens qui s’étaient rendus ont ensuite été torturés et exécutés. Les deux groupes ont revendiqué l’attaque.
L’attaque faisait suite à l’offensive annoncée le 4 juillet par le FLA pour « la libération d’Anéfis », qui n’a pas abouti. L’armée malienne et l’Africa Corps disent avoir repris la ville, ce que le FLA et le JNIM contestent. Cette offensive s’inscrivait dans la série d’attaques coordonnées du 25 avril, qui avaient permis au FLA de reprendre Kidal, puis dans des combats intenses sur l’axe Gao-Kidal-Tessalit, dont les bilans des parties se contredisaient.
Le FLA et le JNIM ont revendiqué conjointement l’attaque de Tabrichat, tandis que l’Africa Corps affirmait qu’une frappe de drone avait neutralisé les assaillants et que l’armée malienne annonçait la destruction d’un dépôt logistique de la coalition à Kardjiba.
À l’époque, plusieurs sources évoquaient des soldats maliens capturés puis exécutés, ainsi qu’une vidéo d’hommes en tenue militaire abattus au sol. Les éléments réunis depuis par Human Rights Watch et Amnesty International précisent ces informations.
Interrogé sur d’éventuelles sanctions, le JNIM répond que « le meurtre de prisonniers à Tabrichat [a] bien eu lieu », mais que « nous n’en avons pas donné l’ordre, non pas parce que cela n’est pas permis dans notre religion, mais parce que nous avons considéré qu’il était dans notre intérêt de nous en abstenir ». Il rappelle que l’islam « donne aux chefs musulmans quatre choix concernant [le traitement] des prisonniers : la libération, la rançon, l’asservissement ou l’exécution ».
Il conclut que, même s’il n’a pas ordonné cet acte à ses troupes et que cela ne fait pas partie de sa politique, « ce qu’elles ont fait ne viole pas notre charia au point que nous ayons jugé nécessaire de les tenir responsables ou de les punir ».
Avant d’aborder les faits, le JNIM écarte la question posée. Il estime qu’il aurait fallu demander s’il existe, au Mali et au Burkina Faso, « un seul droit humain qui n’ait pas encore été violé par les Russes et leurs alliés ». Il demande aussi si l’ordre international a pris la moindre mesure contre les militaires au pouvoir, et se présente comme un « défenseur » contraint de repousser une agression.
Sur l’existence d’examens ou d’enquêtes internes, la réponse reste générale. Le groupe affirme que la guerre entraîne inévitablement des erreurs, cite des versets du Coran et des propos attribués au Prophète, et dit avoir « rectifié la situation et assumé les conséquences » lorsque la précaution a échoué.
La réponse évoque aussi l’incident de Sobo. Selon le JNIM, les victimes étaient des membres de la milice des VDP et non des civils.
Interrogé sur l’aide aux victimes, le groupe assure qu’il verse le prix du sang pour chaque innocent tué et indemnise les biens détruits, sans fournir de cas précis. Sur sa relation avec le FLA, qu’il juge une question « déplacée », il répond qu’elle est la même que celle qu’il entretient avec le reste de la population de la région, dont il dit partager « les joies et les peines ».
HRW n’a pas pu déterminer si les hommes armés visibles sur les vidéos appartenaient au JNIM ou au FLA. Elle note que, selon des sources crédibles et des médias internationaux, l’un d’eux est le fils du chef du JNIM, Iyad Ag Ghaly.
Amnesty International relève, sur au moins deux vidéos, un drapeau blanc à inscription noire caractéristique du JNIM.
Le FLA, de son côté, rejette « catégoriquement » toute exécution par ses forces. Il laisse entendre que des soldats détenus ont été tués par des frappes de drones de l’armée malienne et de l’Africa Corps, ce que le rapport ne confirme pas. Le Haut-Commissariat de l’ONU aux droits de l’homme a condamné les faits le 23 juillet. Le parquet spécialisé malien a annoncé le 1er août l’ouverture d’une enquête.
Pour HRW, le droit international humanitaire impose de traiter avec humanité toute personne privée de liberté et interdit le meurtre et la torture. Les auteurs de violations graves peuvent être poursuivis pour crimes de guerre. L’organisation documente aussi des abus imputés à l’armée malienne et à ses alliés, notamment des frappes de drones ayant touché des civils.
i-Sahel






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