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Mali : un ancien de Wagner raconte le passage de relais à l’Africa Corps

il y a 4 jours
6 min de lecture


Roman, administrateur de la chaîne Telegram pro-russe « Les Oncles blancs en Afrique », affirme avoir passé une mission au Mali comme mitrailleur de Wagner. Dans un entretien d’une heure accordé à la chaîne russe « Pozivnoï Perekupe », il dit que la coopération entre l’organisation privée et les militaires russes du ministère de la Défense n’a eu lieu, « à [sa] connaissance », que « vers la fin de [sa] mission, au moment où l’Africa Corps remplaçait l’organisation ».


Un témoin qui parle de l’intérieur


Roman se présente comme l’administrateur d’un groupe Telegram consacré à la présence russe en Afrique, et comme le fondateur d’une association d’aide aux anciens combattants. Il dit avoir rejoint la structure vers 2020 par le biais de relations. Interrogé sur ce qui l’a attiré, il répond : « Avant tout, l’argent. À l’époque, on pouvait y gagner une somme relativement importante, que les gars ordinaires ne pouvaient pas facilement obtenir ailleurs. »


Il affirme avoir effectué trois missions dans trois pays. Lors des deux premières, il était opérateur des transmissions. La troisième l’a conduit au Mali, dans le deuxième détachement d’assaut, où il a été affecté comme mitrailleur.


Le passage de relais


Wagner a officiellement quitté le Mali en 2025. L’organisation a été remplacée par l’Africa Corps, une structure qui dépend du ministère russe de la Défense et qui reste présente dans le pays.


Roman décrit ce passage de relais de l’intérieur. « À ma connaissance, cette coopération n’a eu lieu qu’au Mali, vers la fin de ma mission, au moment où l’Africa Corps remplaçait l’organisation », dit-il. Il évoque une attaque contre l’aéroport de la capitale : « Des interactions ont alors eu lieu entre les deux structures. Les militaires russes ont également repris certains postes auparavant occupés par l’organisation. »


Il décrit aussi ce qui change dans les moyens. « Au sein de cette dernière, les véhicules étaient notamment loués à l’État malien. L’Africa Corps dispose, lui, de ses propres équipements : véhicules Tigr, blindés, camions KamAZ et autres matériels russes », rapporte-t-il. Pour le Mali, il cite des VP-11, puis des VP-14 et d’autres blindés chinois, ainsi que des obusiers qui, à sa connaissance, ne sont apparus que sur des terrains d’entraînement.


L’appui aérien suit la même logique. Du temps de l’organisation, dit-il, « nous disposions d’avions L-39 Albatros et d’hélicoptères Mi-8 et Mi-35 », et l’appui aérien « nous aidait beaucoup et arrivait généralement à temps ». Les forces du ministère de la Défense présentes au Mali disposent désormais de leurs propres hélicoptères et avions, notamment des Su-24, et coopèrent avec les drones des forces maliennes, dont des Bayraktar.


Une solde qui change peu, des primes qui diffèrent


Interrogé sur ce que rapporte une mission, Roman parle d’une rémunération stable du côté de Wagner. « Depuis le début, le tarif est resté à 240 000 roubles. Il n’a pas augmenté d’un seul rouble », dit-il. Pour l’Africa Corps, « c’est plus ou moins pareil. Le salaire commence aux alentours de 240 000 roubles, mais cela dépend de nombreux facteurs », comme la région de recrutement, le niveau de préparation et les tâches accomplies.


La différence tient aux primes d’engagement. À l’intervieweur qui évoque une prime initiale de 3,2 millions de roubles pour un contrat avec le ministère de la Défense, Roman répond : « Je crois que c’est 3,2 millions, quelque chose comme ça. » Il précise qu’il ne peut pas donner « le chiffre exact » et préfère « ne pas [s’]avancer ».


Selon lui, il n’y avait pas de primes initiales du côté de l’organisation, mais « cette stabilité : un salaire minimum de 240 000 roubles ». L’intervieweur ajoute que l’engagement auprès du ministère court jusqu’à la fin de l’« opération militaire spéciale », ce que Roman confirme d’un « Oui ».


Avant le relais, six mois à Bamako


Pour comprendre ce que Roman décrit de la période Wagner, son récit commence à Bamako. Son peloton y serait resté environ six mois, avec un entraînement quotidien, tactiques et soins médicaux compris. Roman dit avoir perdu environ dix kilos en un mois, sous la chaleur. Il affirme s’être acclimaté en environ un mois à des températures qui montent, dit-il, jusqu’à 50 degrés, et avoir contracté deux fois le paludisme pendant sa mission.


Sa mission consistait surtout à escorter des convois, notamment lorsque les militaires maliens changeaient de position, et des convois de ravitaillement. Il décrit un sud du pays déjà relativement calme à son arrivée, l’organisation y travaillant, dit-il, depuis environ deux ans.


Un convoi vers Bèr


Roman raconte qu’au début du mois d’août, son unité a reçu l’ordre de rejoindre une ancienne base de l’ONU à Bèr, dans la région de Tombouctou, que les soldats des Nations unies avaient quittée, pour en prendre possession. Il décrit une route en très mauvais état par endroits, et un trajet de dix à douze jours depuis Bamako.


Le convoi comprenait, selon lui, une quinzaine de Russes répartis dans trois pick-up, et des soldats des Forces armées maliennes, environ une centaine de véhicules et peut-être deux cents hommes. Il précise que son unité transportait leur matériel.


Dans un village traversé, le chef de convoi aurait ordonné une opération de ratissage pour rechercher d’éventuels combattants. « La première chose que j’ai remarquée en entrant dans le village, c’était la présence d’enfants, de femmes et de personnes âgées. Il n’y avait pratiquement aucun homme », dit Roman.


L’embuscade


Roman parle d’une « guerre de guérilla ». « Les combattants ennemis se positionnaient à l’avance. Notre convoi arrivait, ils ouvraient le feu et nous ripostions », dit-il se souvenir. Une interception radio les aurait avertis qu’une embuscade les attendait. Peu après, près d’une zone boisée, des tirs ont visé le convoi. Il situe les combattants à environ 200 mètres et dit n’avoir vu aucun blessé parmi les siens.


« Pour moi, l’affrontement n’a duré que deux minutes environ. C’était comme dans un film », raconte-t-il. « Après coup, d’autres m’ont dit que le combat avait duré une quarantaine de minutes. » Selon lui, un véhicule blindé chinois VP-11 occupé par des militaires maliens est arrivé derrière eux, et ses occupants ne seraient pas intervenus.


Après l’échange, les militaires maliens auraient progressé en ligne dans la zone boisée et récupéré des hommes blessés. Ils en auraient abattu plusieurs, « une quinzaine environ, selon mon souvenir », dit Roman.


Deux épisodes sensibles


Roman rapporte aussi deux épisodes. Il affirme que des hommes capturés ont ensuite travaillé pour son unité. « Ils sont devenus une sorte de main-d’œuvre que nous avons, pour ainsi dire, recrutée. Ils travaillaient pour nous en échange de nourriture », confie-t-il. À l’intervieweur qui demande s’ils étaient volontaires, il répond : « Naturellement ! Ils étaient tous volontaires. » La réplique, prononcée sur un ton qui semble ironique, n’est pas développée.


Il raconte également qu’un camion civil s’est approché du convoi malgré des tirs de sommation, que le commandant malien a ordonné de tirer, et que le camion a explosé, tuant ses deux occupants. Interrogé sur ce qui a explosé, il répond : « Nous n’en savons rien. Il y avait probablement des explosifs. Ces hommes n’étaient manifestement pas de simples civils. »


Ce qu’il dit de ses adversaires


Roman distingue trois grands groupes au Mali : le JNIM, l’État islamique et le Front de libération de l’Azawad, le FLA. Il parle des deux premiers en termes méprisants et note « ils se battent d’ailleurs aussi entre eux. »


Selon lui, « à l’époque où j’étais là-bas, ils étaient mal préparés. Ils ne disposaient pas d’instructeurs étrangers, du moins pas à ma connaissance. » Il en veut pour preuve l’embuscade vécue sur la route de Bèr : « Pas une seule balle n’a touché un homme. » Il décrit des attaques de masse avec un feu de harcèlement, efficaces, dit-il, contre les seules troupes locales. « Les soldats locaux entendent les premiers tirs et se barrent. Ils abandonnent parfois du matériel et des véhicules. » Il ajoute que la tactique a évolué après des défaites, vers la pose d’engins explosifs sur le trajet des convois.


Du FLA, il dit que ses combattants manquent de détermination.


Interrogé sur les moyens de ses adversaires, il affirme qu’ils disposent aujourd’hui de drones FPV, dont certains à fibre optique, pour contrer la guerre électronique des forces russes. Selon lui, l’Ukraine, que l’intervieweur appelle le « 404 », les aurait fournis et formés : « Il y a également des informations selon lesquelles, pendant la bataille de Tinzaouatène (de 2024 lors desquelles plusieurs dizaines de membres de Wagner sont morts), des opérateurs de drones FPV ont directement participé aux attaques contre nous. Des opérateurs du camp adverse, venus du “404”. » [Kyrylo] Boudanov [alors chef du renseignement militaire ukrainien, devenu en janvier 2026 chef du bureau présidentiel] » lui-même a déclaré qu’ils partageaient des renseignements avec eux ».


Avant cette bataille, dit-il, il n’y avait pas d’informations de ce type. « Au maximum, ils utilisaient des Mavic avec des systèmes de largage. Et c’était très rare. »


Le 26 septembre, i-Sahel avait publié un autre témoignage, intitulé « Mali : un ancien de Wagner affirme que des prisonniers étaient utilisés comme « cobayes » médicaux ». Un ancien combattant présenté comme un membre présumé de Wagner y affirmait, dans une interview diffusée par la chaîne Telegram ukrainienne Agent Apostol, que des prisonniers présentés comme des « terroristes » avaient servi à un entraînement de médecine de combat au Mali. Il évoquait trois cas, dont deux auraient entraîné la mort, et disait s’être contenté d’observer.


i-Sahel

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