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Massacre annoncé à Tagadayat : que sait-on de l’attaque attribuée à l’État islamique ?

il y a 3 jours
4 min de lecture

La Communauté Idaksahak a annoncé la mort de 48 civils dans une attaque attribuée à l’État islamique au Sahel (EIS), le 18 octobre dans la région de Ménaka. Un analyste indépendant évoque l’hypothèse de représailles après une opération menée trois jours plus tôt par l’armée malienne et le MSA à Inarabane.




Le Bureau exécutif de la Communauté Idaksahak a annoncé le 19 octobre la mort de 48 civils lors d’une attaque survenue la veille à Tagadayat, dans la région de Ménaka, au nord-est du Mali. Il attribue les tueries à des éléments armés de l’EIS.


Selon son communiqué publié sur ses réseaux sociaux, les assaillants sont arrivés à bord de plusieurs motos et ont attaqué des populations sans défense, faisant également des blessés. De nombreuses familles, notamment des femmes, des enfants et des personnes âgées, ont fui vers Ménaka. La communauté a appelé les autorités, les agences des Nations unies et les organisations humanitaires à fournir une assistance d’urgence et à renforcer la protection des civils.


L’Agence France-Presse (AFP) a également rapporté que la résidence à Ménaka de Moussa Ag Acharatoumane, chef du Mouvement pour le salut de l’Azawad (MSA) et membre du Conseil national de transition (CNT), avait été visée.


Des frappes militaires dans la région


Dans un communiqué publié le 19 octobre, l’état-major général des armées maliennes a fait état de frappes menées dans le cadre de l’opération Dougoukoloko.


Le 17 octobre, les forces armées ont ciblé une base située à 65 kilomètres au sud-ouest de Ménaka, présentée comme abritant « plusieurs éléments terroristes » et du matériel de guerre. Le lendemain, une autre frappe a visé un point de concentration de groupes armés à 35 kilomètres au sud-ouest de Douentza, où se trouvaient notamment des motocyclettes et du matériel.


L’armée n’a pas précisé les groupes visés. Elle a indiqué que les opérations de surveillance et de reconnaissance se poursuivaient afin d’établir « un bilan consolidé ».


Une source sécuritaire basée à Gao, citée par l’AFP, présente les tueries de Tagadayat comme des représailles à des opérations militaires récentes dans la zone et à des attaques visant le MSA. C'est aussi la même thèse soutenue dans un fil de discussion sur X, l'analyste indépendant ecrivant sous le pseudonyme d'Owen.


Inarabane, une possible piste pour comprendre les tueries


Selon lui, les événements auraient commencé le 15 octobre à Inarabane, au sud-ouest de Ménaka, où les Forces armées maliennes (FAMa) et le MSA auraient mené une perquisition au domicile de Youssef Ould Chouaïb, présenté comme un responsable juridique et militaire de l’EIS.


Ce dernier se serait enfui, tandis que son épouse aurait été capturée, selon les informations rapportées à l’analyste. Owen fait également état de signalements de violences contre des membres de la population arabe locale.


A ce jour, l'EIS n'a pas revendiqué cette attaque. Sa dernière revendication remonte aux affrontements l'ayant opposés dans l'Oudalan burkinabè aux forces du groupe concurrent, le JNIM.


Une région marquée par les affrontements entre l’EIS et le MSA


La région de Ménaka est l’un des principaux bastions de l’EIS au Mali. En mars 2022, des massacres de civils, majoritairement daoussahak, attribués à l’organisation alors connue sous le nom d’État islamique dans le Grand Sahara (EIGS), avaient fait au moins 157 morts selon le bilan documenté par la Minusma entre le 8 et le 28 mars.


Human Rights Watch avait relié ces violences à un affrontement entre l’EIGS et le MSA à Tamalate, le 8 mars. Ces événements illustrent l’ancienneté des tensions entre les deux groupes et les conséquences de leur rivalité pour les populations locales.


Le MSA, dirigé par Moussa Ag Acharatoumane et majoritairement composé de Daoussahak, coopère avec les forces maliennes dans les opérations contre les groupes jihadistes. Le 29 septembre, il avait annoncé que plusieurs combattants avaient été neutralisés lors d’une opération menée entre Ansongo et Ménaka par les FAMa, avec l’appui de partenaires locaux, dont le MSA et le GATIA, et d’Africa Corps.


Des cadres de l’EIS visés par des opérations militaires


Youssef Ould Chouaïb est présenté par plusieurs sources contactées par i-Sahel comme le cadi, ou juge religieux, de l’EIS. Une étude d’ACLED fondée sur des informations datant d’août 2024 le mentionne au sein du bureau des lois et sanctions, ainsi que parmi les responsables du bureau militaire et des opérations. Selon un expert des groupes jihadistes, Youssef Ould Chouhaib serait Abou Al Bara al-Sahraoui alors que l'actuel wali (gouverneur de l'EIS) répondrait au nom d'Ibba al-Sahraoui.


Le 8 octobre 2025, les forces armées de la Confédération des États du Sahel (AES) avaient annoncé une opération aérienne à Inarabane contre plusieurs responsables de l’EIS. A cette occasion, Boubacar Demougui, présenté comme l’adjoint de l’émir Issa Barrey, chef de l’EIS dans la région, aurait été tué avec deux autres responsables, Ismaël Ould Habib Ould Choghaib et Ahmed Ould Alwane Ould Choghaib.


D’autres responsables du groupe ont été annoncés comme arrêtés ou tués ces dernières années, notamment Ahmad Ag Ditta, arrêté en décembre 2024, et Souleymane Ag Bakawa, tué à Tinfadimata en 2025.


i-Sahel

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