Non, cette vidéo ne montre pas un Malien recruté par la Russie
Une vidéo diffusée sur X par un média biélorusse, puis relayée en français, présente un soldat noir comme un Africain recruté par la Russie, avec le drapeau du Mali en illustration. Les recherches d'i-Sahel montrent que les images proviennent d'un compte Instagram dont le titulaire se présente comme brésilien et qui apparaît en uniforme ukrainien.

Sur X, le compte @OkoKrecheta, qui se présente comme un média biélorusse consacré aux pays russophones, a publié une vidéo accompagnée du message suivant : « Sur le front ukrainien, des soldats africains recrutés pour participer aux combats aux côtés de la Russie sont envoyés en première ligne. » Le texte est assorti des drapeaux de la Russie, de l'Ukraine et du Mali. La vidéo montre un soldat noir allongé dans l'herbe, casque sur la tête.

Le message a ensuite été repris en français par le compte La Revue Afrique. Celui-ci affirme que de jeunes Africains, « recrutés au Mali par le ministère russe de la Défense et le groupe Wagner », racontent leur quotidien sur le front via les réseaux sociaux. Il ajoute que, sur 3 000 soldats africains enrôlés, 1 000 auraient été tués ou portés disparus. Aucun des deux messages n'indique de source pour ces éléments ni pour la nationalité du soldat.
Ce que montre la recherche inversée
Une recherche d'image inversée sur Google renvoie vers un autre contexte que celui annoncé. i-Sahel a poursuivi les vérifications et retrouvé le compte Instagram d'où provient la vidéo.
Ce compte appartient à un jeune homme qui se présente sous le prénom de Rafael. Sa biographie indique « BR/RJ », ce qui renvoie au Brésil et à l'État de Rio de Janeiro, et affiche plusieurs drapeaux, dont ceux du Brésil et de l'Ukraine. Le compte réunit environ 15 600 abonnés.
Dans la vidéo reprise par les deux comptes, le soldat porte un casque et une tenue au camouflage pixélisé de type ukrainien. La vidéo est signalée sur le compte avec la mention « Ukraine ».

D'autres publications du même compte vont dans le même sens. Sur l'une, il pose en uniforme de camouflage ukrainien avec une mitrailleuse, un drapeau ukrainien placé sur les yeux. La légende en portugais dit « Diretamente do Rio de Janeiro » et est accompagnée des drapeaux du Brésil et de l'Ukraine. Sur une autre, il apparaît dans un selfie au milieu de militaires, dont l'un porte un écusson aux couleurs de l'Ukraine, avec un drapeau brésilien sur le visage.
Les recherches d'i-Sahel permettent aussi de dater les images. La vidéo a été publiée sur ce compte le 2 septembre, avec pour seule légende quatre émojis (drapeaux de l'Ukraine et du Brésil, drapeau noir et tête de mort). Elle affichait, au moment de la capture, 277 000 mentions « J'aime » et 5 107 commentaires. C'était plusieurs semaines avant sa diffusion par le compte biélorusse puis sa reprise par La Revue Afrique.

Le 8 septembre, le même compte a publié une courte vidéo montrant un homme noir, non identifiable, à bord d'un blindé en compagnie de plusieurs autres soldats. Un écusson aux couleurs de l'Ukraine est visible sur l'uniforme de l'un d'eux. La publication, qui comprend aussi le selfie ci-dessus, est accompagnée de la légende « Aucun de nous n'est aussi bon que nous tous ensemble ».
Des Brésiliens dans les rangs ukrainiens, un phénomène documenté
Ce profil n'a rien d'inhabituel. Les Brésiliens figurent parmi les étrangers engagés aux côtés de l'Ukraine. La Légion internationale de défense territoriale de l'Ukraine a accepté des volontaires brésiliens dès 2022, selon la Gazeta de São Paulo, sous conditions d'âge, d'expérience militaire et d'absence d'antécédents judiciaires.
Selon un reportage de la DW publié le 1er août 2026, le ministère brésilien des Affaires étrangères (Itamaraty) a confirmé 35 morts et 92 disparus parmi eux. Des décomptes non officiels les placent au troisième rang des combattants étrangers tués, derrière les États-Unis et la Colombie. Les autorités ukrainiennes ne publient pas le nombre exact de volontaires brésiliens.
Ce que cela permet de dire, et ce que cela ne permet pas de dire
Les éléments réunis indiquent que la vidéo ne montre pas un Malien engagé aux côtés de l'armée russe. Elle provient d'un compte dont le titulaire se dit brésilien et apparaît dans l'équipement et avec les insignes du camp ukrainien.
i-Sahel ne peut toutefois pas confirmer l'identité complète de cette personne, sa nationalité réelle, ni la date et le lieu de tournage de la vidéo. Nous n'avons pas non plus pu établir à quelle unité il appartient. Ces conclusions reposent sur des contenus publics et sur ce que le titulaire du compte affirme de lui-même.
Le recrutement d'Africains dans cette guerre est, lui, documenté
Cette vérification ne remet pas en cause un fait plus large. Des jeunes Africains ont été recrutés, parfois par des promesses d'emploi ou d'études, et se sont retrouvés engagés dans les deux camps de cette guerre. Ces cas ont été rapportés à plusieurs reprises par des médias et des autorités de pays africains. Ce qui est en cause ici est l'usage d'une image précise, présentée avec une nationalité et un camp qui ne correspondent pas à ce que montrent les sources retrouvées.
Verdict : Trompeur. Le soldat n'est pas identifié comme Malien, et rien dans les sources retrouvées ne le rattache à l'armée russe.
i-Sahel






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