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Anéfis : qu'en est-il vraiment de l'échange de prisonniers entre le FLA et les FAMa ?

Dimanche matin, non loin d’Anéfis, des prisonniers maliens ont été remis en liberté en échange de détenus touaregs. Une opération discrète, sans communiqué officiel, dont les versions divergent de part et d’autre. Mais derrière cet échange se dessine une possible nouvelle voie de dialogue entre Bamako et le Front de libération de l’Azawad (FLA).



Ce dimanche 23 aout, dans la matinée, non loin d’Anéfis, un échange de prisonniers a eu lieu entre les autorités maliennes et le Front de libération de l’Azawad (FLA). Aucun communiqué officiel n’est venu confirmer l’opération. Mais plusieurs sources contactées par i-Sahel en livrent les contours, avec des récits sensiblement différents selon le camp auquel elles sont liées.


Vingt-deux militaires maliens libérés


Selon une source proche du FLA contactée par i-Sahel, l’armée malienne aurait remis en liberté huit civils touaregs, en échange de 22 militaires maliens. Le chiffre concernant les civils n’a pas pu être vérifié de manière indépendante.


Les soldats des Forces armées maliennes (FAMa) auraient été réceptionnés par le colonel Attaher Maiga, selon cette même source.


Une photographie présentée comme montrant les personnes libérées côté FLA circule également. Neuf personnes y apparaissent. Mais, selon notre source, l’une d’elles n’est pas un ancien détenu : il s’agit d’Ahmoudou Ag Asriw, un officier du FLA venu participer à la réception des prisonniers.


Côté malien, la lecture de l’opération est différente.


Une source jointe par i-Sahel confirme bien l’existence de l’échange, mais conteste plusieurs éléments du récit. Selon elle, les personnes libérées côté FLA seraient des proches d’Ag Asriw. L’officier n’aurait pas obtenu l’autorisation préalable de ses supérieurs avant d’engager la démarche.


Cette initiative aurait, selon cette source, retardé une opération qui devait initialement avoir lieu samedi. Ag Asriw aurait ensuite récupéré les prisonniers maliens avant de prendre la direction d’Anéfis, où devait se tenir le rendez-vous.


Le passé du MOC au cœur de l'affaire


Le nom d’Ag Asriw n’est pas inconnu dans les milieux armés du Nord malien. Selon la source malienne, il aurait notamment participé à la bataille de Tinzaouatène, en juillet 2024, dans les rangs du FLA.


Elle le présente également comme un ancien membre du Mécanisme opérationnel de coordination (MOC), dispositif mis en place dans le cadre de l’Accord pour la paix et la réconciliation au Mali signé en 2015.


Le MOC devait notamment réunir des combattants issus de différents mouvements armés et de l’armée malienne dans des patrouilles communes, dans la perspective du processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR).


Depuis, le contexte a profondément changé. Bamako s’est retiré de l’Accord d’Alger, auquel le MOC était lié. Les relations avec Alger ont toutefois connu une reprise du dialogue après plusieurs mois de tensions.


« Certains semblent être d’anciens membres du MOC »


Un analyste malien, s’exprimant sous couvert d’anonymat auprès d’i-Sahel, apporte un autre éclairage sur l’identité des personnes libérées.


« Certains semblent être d’anciens membres du MOC », estime-t-il, rappelant que cette structure regroupait des combattants issus de plusieurs groupes armés avec pour objectif de faciliter le DDR et d’organiser des patrouilles communes.


Selon lui, certains des détenus libérés seraient d’anciens officiers du Gatia ayant intégré le MOC.

« Certains de ceux libérés étaient des officiers Gatia qui étaient dans ce MOC », ajoutant ignorer « quand ni pourquoi ils avaient été arrêtés », explique-t-il.


La présence d’Ag Asriw sur la photographie prend alors, selon cette analyse, une autre signification. L’officier du Gatia aurait rejoint par la suite le FLA aux côtés de Fahad Ag Almahmoud, ancien allié de Bamako, tué par une frappe de l’armée malienne peu après la création du mouvement sur les cendres du CSP-DPA.


L’analyste insiste sur un point : selon lui, les personnes libérées ne seraient pas des détenus récemment arrêtés. « Ce ne sont pas des personnes arrêtées récemment », affirme-t-il, avant de rappeler que les anciens mécanismes du processus de paix ont depuis été intégrés ou dispersés dans les différentes structures.


Pour lui, l'opération ne peut pas non plus être réduite à une initiative personnelle d'Ag Asriw.

« Il faut bien l’accord du FLA pour qu’Ag Asriw parvienne à faire ce type de deal », estime-t-il.


Une brèche pour d'autres libérations ?


Au-delà de l’identité des personnes échangées, l’analyste voit dans cette opération un possible signal politique.


Cette première libération de prisonniers des FAMa « ouvre grandement la porte de la discussion du côté de Bamako », estime-t-il.


Une perspective qui pourrait intéresser les familles et les proches de détenus toujours retenus, parmi lesquels figureraient également des officiers.


L’analyste avance une autre hypothèse : le recours au canal Gatia pourrait avoir facilité l’opération.

« Et vu que ce sont des prisonniers Gatia qui ont été rapidement libérés en échange d’une vingtaine de prisonniers FAMa, nous pouvons donc déduire que ces familles, ou Bamako, sont passés par le canal le plus proche d’eux, celui de la milice Gatia, pour obtenir ces libérations », explique-t-il.


Selon cette lecture, Ag Asriw aurait donc davantage joué le rôle de facilitateur que celui d’un acteur ayant agi seul.


Anéfis, une nouvelle étape après plusieurs libérations


L’échange d’Anéfis intervient dans une séquence marquée par plusieurs libérations de prisonniers et d’otages.


Quelques jours auparavant, le FLA avait annoncé la libération de 88 Maliens. Un groupe de 82 personnes dans un premier temps, puis six militaires remis au Comité international de la Croix-Rouge (CICR). Le mouvement avait invoqué des raisons humanitaires.


Le dossier dépasse également les frontières maliennes.


Par l’intermédiaire du général Saddam Haftar, patron des forces spéciales de l’Armée nationale libyenne, le FLA a récemment libéré deux anciens combattants de Wagner détenus depuis la bataille de Tinzaouatène. Ils ont été transférés à Benghazi.


Avant eux, un autre détenu avait déjà pris cette direction depuis l’est malien : l’Américain Kevin Rideout, libéré par l’État islamique.


Ces différentes opérations ont alimenté plusieurs hypothèses, notamment celle d’éventuels versements financiers. À ce stade, ces affirmations ne sont toutefois pas établies indépendamment.


Aucun commentaire officiel sur Anéfis


Ni Bamako ni le FLA n’ont officiellement communiqué sur l’échange intervenu dimanche.

L’État-Major général des Armées s’est néanmoins exprimé le même jour sur les opérations militaires en cours.


Dans un communiqué daté du 23 août 2026, il affirme que les FAMa, appuyées par leurs partenaires, poursuivent leurs « opérations permanentes de surveillance, de contrôle et de sécurisation du territoire national » dans le cadre de l’opération Dougoukoloko.

L’armée malienne fait état de trois frappes.


La première aurait visé, samedi 22 août, des points de regroupement de groupes armés terroristes détectés au nord d’Abéibara, dans la région de Kidal. Une deuxième frappe aurait ciblé le même jour un regroupement au sud de Boulkessi, dans la région de Douentza, où se trouvaient, selon l’armée, « plusieurs chefs » ainsi que du matériel militaire et des moyens logistiques.

Enfin, dimanche 23 août, une troisième frappe aurait visé des points de regroupement au nord-ouest de Macina, où auraient également été stockés du matériel et des moyens logistiques, notamment des motos.


Selon l’État-Major, les trois cibles ont été « traitées avec succès ».


Les opérations de surveillance et de reconnaissance doivent se poursuivre afin d’évaluer les effets des frappes, d’établir un bilan consolidé et de neutraliser les éventuelles menaces résiduelles.


Aucune mention, en revanche, de l’échange de prisonniers intervenu quelques heures plus tôt près d’Anéfis.


i-Sahel


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