Vezilier, Sagara, Dembélé : pourquoi Bamako a séparé les trois dossiers
- Infos du Sahel

- il y a 3 jours
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Jugé et condamné en quelques mois, puis gracié et éloigné du Mali, le Français Yann Vezilier a connu un traitement judiciaire différent de celui des généraux Néma Sagara et Abass Dembélé, toujours en attente de leur procès. Dans un entretien à l’ORTM, le procureur général Mamoudou Timbo invoque des qualifications pénales différentes, mais reconnaît aussi que « la diplomatie a joué » dans le dossier du ressortissant français.

Le procureur général de la Cour suprême du Mali, Mamoudou Timbo, a expliqué mercredi 20 août à la télévision nationale pourquoi le Français Yann Vezilier a été jugé séparément des généraux maliens Néma Sagara et Abass Dembélé, arrêtés dans la même affaire.
Selon lui, la séparation des procédures repose principalement sur la qualification juridique des faits et le statut des personnes poursuivies.
Vezilier a été jugé par le pôle judiciaire antiterroriste et condamné le 5 juin à 20 ans de réclusion criminelle. Le procureur affirme que l'exploitation des éléments d'enquête avait fait apparaître une « grande connexion » entre le Français et des groupes armés terroristes. Son dossier relevait notamment, selon Timbo, de la sûreté extérieure de l'État.
Les militaires maliens sont, eux, poursuivis pour des faits relevant notamment du complot contre le commandement, de l'incitation à commettre des actes contraires aux devoirs, de la tentative d'emploi illégal de la force armée, de l'association de malfaiteurs et de l'atteinte à la sûreté intérieure de l'État.
Leur dossier relève donc du tribunal militaire.
Pourquoi Vezilier a-t-il été jugé plus rapidement ?
Le procureur avance plusieurs raisons : un dossier d'enquête qu'il présente comme « très solide », le fait que Vezilier était seul dans sa procédure, mais également sa qualité de ressortissant d'une puissance étrangère.
« Le nombre a joué », reconnaît-il, avant d'ajouter que la nationalité étrangère du prévenu pouvait également justifier un traitement plus rapide.
Selon Timbo, la justice malienne avait intérêt à montrer à l'opinion internationale qu'elle était capable de fonctionner efficacement dans une affaire aussi sensible.
Mais l'entretien fait surtout apparaître une dimension supplémentaire : la diplomatie.
Interrogé sur d'éventuelles pressions françaises, le procureur rejette toute ingérence. Mais lorsque le journaliste lui demande si « la diplomatie a un peu joué », sa réponse est nette :
« Forcément, la diplomatie a joué forcément. »
Il explique qu'un dossier concernant un ressortissant étranger implique nécessairement de tenir compte de la courtoisie diplomatique, de la souveraineté des États et de leurs relations.
Cette déclaration fait écho à ce que i-Sahel rapportait le 13 août, lorsque le gouvernement malien avait évoqué les « bons offices » d'un « pays frère » ayant contribué à l'obtention de la grâce présidentielle accordée à Vezilier. Bamako n'avait alors pas identifié ce pays.
La grâce n'efface pas la condamnation
Timbo précise que la grâce présidentielle n'annule pas la condamnation prononcée contre Vezilier. Elle empêche son exécution, mais la condamnation demeure inscrite au casier judiciaire et peut être prise en compte en matière de récidive.
Le procureur estime également que cette mesure de clémence a pu contribuer à « apaiser la tension » née de l'arrestation du ressortissant français.
Sagara et Dembélé toujours en attente
Contrairement à Vezilier, Néma Sagara et Abass Dembélé n'ont pas encore été jugés.
Selon Mamoudou Timbo, l'instruction devant le tribunal militaire est engagée depuis environ un an et se trouve à un stade « très avancé ».
« Ils seront bientôt jugés, incha'Allah », affirme-t-il.
L'affaire comprend par ailleurs d'autres personnes mises en cause, mais le procureur concentre son explication sur les différences entre le dossier du ressortissant français et celui des officiers militaires maliens.
L'élément nouveau de l'entretien reste donc la reconnaissance explicite par le procureur général que, parallèlement aux considérations judiciaires, « la diplomatie a joué » dans le dossier Vezilier.
i-Sahel




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