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Deux ans de l'AES : Ibrahim Traoré évoque la poursuite des discussions avec la CEDEAO

À l'occasion du deuxième anniversaire de la Confédération des États du Sahel (AES), le capitaine Ibrahim Traoré, président du Faso et président en exercice de l'organisation, est revenu sur l'état des relations entre la Confédération et la Communauté économique des États de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO), plus d'un an après la sortie effective des trois pays membres du bloc régional.


La rupture entre l'AES et la CEDEAO s'est jouée en plusieurs actes. Le 28 janvier 2024, le Burkina Faso, le Mali et le Niger annoncent conjointement, sur leurs télévisions nationales respectives, leur retrait immédiat de la CEDEAO. L'organisation ouest-africaine, prise de court, rejette cette annonce unilatérale et rappelle qu'un retrait ne peut, selon ses textes, prendre effet qu'au terme d'un délai d'un an ; elle nomme dans la foulée trois médiateurs pour tenter d'ouvrir le dialogue.

Le 6 juillet 2024, à Niamey, les trois chefs d'État transforment leur pacte de défense mutuelle — l'Alliance des États du Sahel, conclue en septembre 2023 après le coup d'État nigérien — en une véritable Confédération.


Le 15 décembre 2024, réunis en sommet à Abuja, les chefs d'État de la CEDEAO accordent aux trois pays un délai supplémentaire de six mois, courant du 29 janvier au 29 juillet 2025, dans l'espoir de les faire revenir sur leur décision. Les trois capitales rejettent cette option dès le 22 décembre 2024, réaffirmant le caractère « irréversible » de leur départ.


Le retrait devient donc officiellement effectif le 29 janvier 2025, la CEDEAO acceptant néanmoins de maintenir, à titre transitoire, plusieurs dispositions en faveur des populations concernées : maintien du régime commercial préférentiel, poursuite de la libre circulation, de résidence et d'établissement sans visa, et coopération continue avec les fonctionnaires communautaires originaires des trois pays. Malgré la fin du délai de grâce le 29 juillet 2025, qui a consacré la sortie définitive du bloc, les deux parties ont maintenu un canal de discussion : une rencontre ministérielle tenue à Bamako en mai 2025 avait notamment permis un accord de principe sur la coopération antiterroriste et la préservation de certains acquis de l'intégration régionale, dont la libre circulation des personnes et des biens.


Des discussions que Traoré dit vouloir poursuivre


Dans son message anniversaire, Ibrahim Traoré indique que la Confédération « poursuit les consultations engagées avec la CEDEAO afin de construire un nouveau cadre de relations », fondé selon lui sur trois principes : le respect des décisions souveraines de chaque partie, la préservation des acquis utiles de l'intégration régionale, et la protection des intérêts des populations ouest-africaines — en particulier la libre circulation des personnes et des biens, un sujet qui concerne, selon les chiffres cités par certains médias régionaux, une zone de près de 354 millions d'habitants répartis sur 15 pays.


Il affirme que « même dans les moments de divergence », les trois pays de l'AES ont toujours privilégié le dialogue, ajoutant que les désaccords entre « peuples frères » doivent se résoudre par la concertation. Il pose toutefois des conditions qu'il juge désormais non négociables à toute coopération future : respect mutuel, égalité souveraine des États, défense des intérêts des populations, contrôle des ressources naturelles, non-ingérence et réciprocité.


Un contexte de « guerre économique et médiatique » dénoncé


Le président de l'AES situe ces discussions dans un climat qu'il qualifie de « guerre économique et médiatique d'une ampleur jamais égalée » contre les trois pays membres, tout en insistant sur le fait que la Confédération n'est dirigée « contre aucun peuple, aucune nation, ni aucune organisation », mais constitue un choix souverain assumé par le Burkina Faso, le Mali et le Niger.


Des chantiers encore ouverts


Au-delà de la relation avec la CEDEAO, plusieurs dossiers structurants restent en discussion entre les deux blocs, à commencer par la question monétaire : les trois pays de l'AES demeurent membres de l'UEMOA et utilisent toujours le franc CFA, tout en affichant leur ambition, non encore concrétisée, de s'en affranchir à terme. La situation administrative des anciens fonctionnaires communautaires originaires des trois pays, ainsi que les modalités concrètes de coopération sectorielle (santé, agriculture, éducation, culture, sport), font également partie des sujets que les deux organisations doivent encore trancher.


I-Sahel

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