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ECO : la CEDEAO relance la monnaie unique, l'AES face à un choix stratégique

Dernière mise à jour : 23 juil.

En confirmant le lancement de la monnaie unique ECO en 2027, la CEDEAO remet au premier plan un projet d'intégration monétaire vieux de plusieurs décennies. Cette décision intervient alors que le Burkina Faso, le Mali et le Niger, désormais réunis au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES), poursuivent leur propre agenda d'intégration économique tout en restant membres de l'UEMOA et utilisateurs du franc CFA, une situation qui soulève des interrogations sur leur avenir monétaire.




Dimanche 19 juillet à Lungi, en Sierra Leone, les chefs d'État et de gouvernement de la CEDEAO ont réaffirmé leur engagement en faveur du lancement de la monnaie unique ECO en 2027. Le communiqué final du 69ᵉ sommet précise toutefois que cette première phase sera réservée aux États membres remplissant les critères de convergence macroéconomique.


Les dirigeants ont demandé la poursuite des consultations entre banques centrales, l'accélération des travaux techniques et institutionnels, ainsi que l'enregistrement international de la marque « ECO », afin de préparer la mise en œuvre de la future monnaie régionale. Les États ne remplissant pas encore les critères requis bénéficieront d'un accompagnement destiné à leur permettre de rejoindre ultérieurement l'union monétaire.


Cette décision soulève une question centrale : quelle sera la place du Burkina Faso, du Mali et du Niger dans ce processus ? Depuis leur retrait de la CEDEAO, les trois pays ont fait de l'AES le principal cadre de leur coopération politique, économique et sécuritaire. Le sommet de Lungi en prend d'ailleurs acte, en décidant que les échanges entre la CEDEAO et ces trois États se poursuivront désormais avec l'AES en tant que bloc unique. Pour autant, ce retrait de la CEDEAO ne s'est pas traduit par une sortie de l'Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA) : les trois pays continuent d'appartenir à l'espace monétaire ouest-africain et d'utiliser le franc CFA, émis par la Banque centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO). Or le projet ECO est précisément appelé à remplacer, à terme, le franc CFA dans les États qui adopteront la monnaie unique.


Parallèlement, les trois États sahéliens poursuivent leur propre stratégie d'intégration économique. Le 23 décembre 2025, ils ont officiellement inauguré à Bamako la Banque confédérale pour l'investissement et le développement de l'AES (BCID-AES). Dotée d'un capital initial de 500 milliards de francs CFA, cette banque est destinée à financer les grands projets d'infrastructures, d'énergie, d'agriculture et de développement dans l'espace confédéral. Au-delà de sa fonction financière, elle constitue l'un des premiers instruments économiques communs de la Confédération, présentée par ses autorités comme un levier de souveraineté destiné à renforcer leur autonomie financière et à réduire leur dépendance vis-à-vis des partenaires extérieurs. Le 8 juin 2026, ses responsables ont tenu une réunion stratégique afin d'en accélérer le déploiement opérationnel.


La réflexion sur une souveraineté monétaire propre à l'AES ne date pas d'aujourd'hui. Le 11 février 2024, le président du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) du Niger, le général Abdourahamane Tiani, avait évoqué publiquement la possibilité pour le Burkina Faso, le Mali et le Niger de créer une monnaie commune, la présentant comme une « étape de sortie de la colonisation », en référence au franc CFA qu'il qualifiait d'héritage de la période coloniale. Depuis cette déclaration, aucune annonce officielle n'est toutefois venue préciser les contours d'un tel projet, ni calendrier, ni architecture institutionnelle, ni mécanisme de transition n'ont été rendus publics à ce jour.


Les décisions prises à Lungi illustrent ainsi l'existence de deux dynamiques désormais parallèles en Afrique de l'Ouest. D'un côté, la CEDEAO poursuit son projet historique d'intégration monétaire autour de l'ECO, avec un lancement annoncé pour 2027 pour les États répondant aux critères de convergence. De l'autre, l'AES construit progressivement ses propres instruments d'intégration économique, à travers la BCID-AES et des réflexions engagées sur une éventuelle monnaie commune.


À ce stade, ces deux trajectoires ne sont pas nécessairement incompatibles sur le plan juridique, dans la mesure où le Burkina Faso, le Mali et le Niger demeurent membres de l'UEMOA. Mais si l'ECO venait à remplacer progressivement le franc CFA au sein de l'Union, les trois États seraient confrontés à un choix stratégique : participer à cette nouvelle union monétaire, maintenir leur appartenance à l'UEMOA si celle-ci évolue vers l'ECO, ou privilégier une architecture monétaire propre à l'AES.


Le communiqué final de la CEDEAO ne répond pas à cette question : il confirme le calendrier de l'ECO et acte la poursuite du dialogue avec l'AES en tant que bloc, sans préciser les conséquences que cette nouvelle configuration pourrait avoir sur l'avenir monétaire des trois pays sahéliens.


i-sahel

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