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Saddam Haftar, l’intermédiaire qui monte au Sahel

Après la libération de l’Américain Kevin Rideout, deux anciens combattants russes de Wagner ont retrouvé leur liberté avec l’appui revendiqué de Saddam Haftar. En quelques jours, le fils de Khalifa Haftar s’est retrouvé au cœur de deux dossiers de détenus liés au Sahel, entre Washington et Moscou.



Deux libérations en moins d’une semaine. Deux nationalités. Deux affaires qui, à première vue, n’ont rien en commun. Pourtant, elles ramènent toutes les deux à la Libye et au même homme. Saddam Haftar.


Le 14 août, Kevin Rideout, missionnaire américain enlevé à Niamey en octobre 2025, retrouve la liberté après dix mois de détention. Le 20 août, deux anciens combattants russes de Wagner, capturés à Tinzaouatène en juillet 2024, sont à leur tour libérés après plus de deux ans de captivité.


Dans les deux dossiers, le rôle de Saddam Haftar apparaît au cœur de la séquence.


De Niamey à Benghazi


Kevin Rideout avait été enlevé à Niamey le 21 octobre 2025 avant d’être détenu par l’État islamique au Mali.


Selon les informations recueillies par i-Sahel, son transfert vers la Libye est passé par Ménaka et le secteur du Salvador Pass, avant de rejoindre al-Wigh, dans le sud libyen.


La dernière partie du trajet s’est faite par voie aérienne. Un hélicoptère Mi-17 de l’Armée nationale libyenne (LNA) l’a transporté jusqu’à Sebha, avant son transfert vers Benghazi à bord d’un ATR 72-600 de la LNA.


À son arrivée, Rideout a publiquement remercié Saddam Haftar pour son rôle dans sa libération.


Selon Emadeddin Badi, chercheur principal au Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC), l’opération avait été préparée plusieurs mois auparavant. Saddam Haftar avait notamment rencontré l’intermédiaire malien Cherif Ould Taher, surnommé « l’El Chapo du Sahel », pour discuter des modalités de la libération.


Le parcours de l’otage dessine ainsi une route qui relie le Niger, le nord du Mali, le sud libyen et Benghazi.


Six jours plus tard, les anciens Wagner


Le 20 août, le nom de Saddam Haftar réapparaît dans une autre affaire.



Africa Corps, la structure russe qui a succédé à Wagner au Mali, annonce leur libération. Dans son communiqué, elle met en avant les efforts des autorités russes et de l’Africa Corps et cite également « l’appui actif » de Saddam Haftar.


Le communiqué affirme que les deux Russes étaient détenus par le FLA et le JNIM et que leur libération avait été précédée de « négociations longues et complexes ».


Entre Washington et Moscou


La séquence intervient alors que Saddam Haftar multiplie les contacts avec les États-Unis et la Russie.


Le 28 juillet, il reçoit à Benghazi une délégation du Congrès américain conduite par le représentant Austin Scott. Les discussions portent notamment sur la coopération militaire et sur l’organisation de Flintlock 2027 en Libye.


La coopération avec Washington est déjà engagée. Dans son rapport du 10 août au Conseil de sécurité, le secrétaire général de l’ONU confirme notamment la participation de Saddam Haftar au lancement de l’exercice Flintlock à Syrte.


Puis, le 18 août, le général se rend à Moscou.


Il rencontre Vladimir Poutine ainsi que le ministre russe de la Défense, Andreï Belousov. Les discussions portent sur la coopération militaire, la formation et les échanges entre les deux armées.


La chronologie est particulièrement parlante : quatre jours après la libération de Rideout, Saddam Haftar rencontre le président russe. Deux jours plus tard, Africa Corps annonce la libération des deux anciens Wagner.


« Un rôle d’équidistance »


Pour Emadeddin Badi, cette succession d’événements place Saddam Haftar dans une position particulière.


« Il prend un peu un rôle d’équidistance entre les deux pôles, les Russes et les Américains », explique le chercheur à i-Sahel.


L’affaire Rideout avait déjà donné au général l’occasion de se présenter comme un interlocuteur utile à Washington. La libération des deux anciens Wagner lui offre désormais une nouvelle carte à jouer auprès de Moscou.


Cette position intervient alors que la Russie reste un partenaire militaire important du Mali.


Le 19 août, Vladimir Poutine et le président malien Assimi Goïta se sont entretenus par téléphone et ont réaffirmé leur coopération sécuritaire et militaire.


Dans ce contexte, l’implication revendiquée de Saddam Haftar dans la libération de deux ressortissants russes donne une nouvelle dimension à ses relations avec Moscou.


Une pratique qui dépasse Saddam Haftar


Le rôle de Saddam Haftar dans les libérations de détenus liés au Sahel apparaît avec une visibilité particulière cet été. Mais la famille Haftar dispose déjà d’une expérience dans ce type de dossiers.


En 2019, un ingénieur sud-coréen et trois ingénieurs philippins enlevés en Libye avaient été libérés après plusieurs mois de captivité. Les autorités sud-coréennes avaient alors attribué leur libération à une intervention des Émirats arabes unis auprès de l’Armée nationale libyenne.


À l’époque, des médias proches de Khalifa Haftar avaient affirmé que les otages avaient été localisés puis libérés par les forces de la LNA.


La différence aujourd’hui tient au terrain. Les dossiers récents ne concernent plus seulement des enlèvements en Libye, mais des détenus capturés au cœur du Sahel et transférés vers l’espace libyen.


Le poids croissant de Saddam Haftar


Saddam Haftar s’est d’abord imposé dans le dispositif militaire de l’est libyen. Commandant de la brigade Tariq Ben Zeyad depuis 2016, il devient chef des forces terrestres de la LNA en 2024, puis commandant en chef adjoint en août 2025.


Son réseau diplomatique s’est également élargi.


En avril 2025, il avait rencontré à Washington un conseiller du président Donald Trump pour discuter des intérêts américains en Libye. Quelques mois plus tard, il reçoit des élus américains à Benghazi avant de se rendre à Moscou pour rencontrer Vladimir Poutine.


Cette activité accompagne désormais des opérations qui dépassent largement le cadre libyen.


De Benghazi au Sahel


En quelques jours, Kevin Rideout puis deux anciens combattants russes de Wagner ont donc placé Saddam Haftar au cœur de deux affaires de libération liées au Sahel.


Un Américain enlevé à Niamey. Deux Russes capturés à Tinzaouatène. Entre les deux, un même espace : le sud libyen et Benghazi.


Pour Saddam Haftar, ces opérations renforcent une position nouvelle : celle d’un interlocuteur capable de parler à Washington comme à Moscou et de mobiliser des réseaux entre la Libye et le Sahel.


Après l’otage américain, les anciens Wagner : en quelques jours, Saddam Haftar a montré qu’il pouvait jouer sur deux tableaux.


i-sahel

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